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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/457

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CHARLEMAGNE ET SON EMPIRE

et les analyses des érudits permettent de les apercevoir, c’est-à-dire non plus à travers les brumes de la légende ou les calculs de l’intérêt mais à travers la clarté de l’investigation scientifique impartiale. Aussi bien des travaux importants ont-ils été consacrés à ce vaste sujet et parmi les derniers parus il convient de citer le magnifique tableau de l’empire carlovingien dressé par M. Arthur Kleinclausz (Hachette et Cie). Nous présenterons ici un bref résumé de ces divers ouvrages, nous permettant d’en tirer des conclusions peut-être un peu différentes de celles auxquelles beaucoup d’auteurs se sont arrêtés mais qui nous semblent entièrement justifiées par les documents servant de base à la critique moderne.

L’Idée impériale avant Charlemagne

Pendant bien longtemps on a considéré que l’acte du barbare Odoacre supprimant en 476 après J.-C. l’empire d’Occident en la personne du faible Romulus Angrestule n’avait été que la consécration d’un état de choses accepté par l’opinion populaire. L’empire cessait parce que l’idée impériale était morte. Or l’idée impériale vivait si puissamment que le monde occidental, à cette date, se tourna spontanément vers Constantinople, considérant l’unité de l’ancien empire romain comme rétablie en faveur du césar oriental. Théodose avait jadis partagé l’empire entre deux césars, celui de Rome et celui de Constantinople. La division ayant cessé, ce dernier régnerait seul. Évidemment la nature de ce « règne » s’était modifiée depuis le temps des Antonins. Une lente évolution s’était opérée. En place d’une unité politique basée sur l’uniformité des lois civiles, il s’agissait maintenant d’une unité morale garantie par la communauté de la foi religieuse. Ainsi comprenait-on l’empire à la fin du Ve siècle. Le grand prestige romain doublé du grand prestige chrétien incitait les peuples d’occident à souhaiter la venue d’un empereur qui ramènerait l’âge d’or, contiendrait ou convertirait les païens, poursuivrait l’hérésie, rétablirait la sécurité et la paix. Il semblait logique que celui-là vint des rives du Bosphore et, tant qu’on put croire qu’il en serait ainsi, le loyalisme subsista vivace. Les papes s’employaient à l’entretenir rappelant fréquemment aux rois indigènes qu’ils devaient se considérer comme les vassaux de l’empereur « élu de Dieu pour gouverner la république romaine ». Mais bien tôt il devint visible que l’unité n’existait pas. Non seulement