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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/455

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

dérables et de son passé qui est formidable et domine de très haut tous les autres passés de l’univers. Quand on le laisse libre, il s’étend avec une rapidité surprenante ; il n’a pas besoin d’être aidé ; il lui suffit qu’on ne l’entrave point. Mais bien rares ont été les instants historiques où il n’a pas été entravé. L’Europe, croyons-nous, a commis une faute énorme lorsqu’après avoir admis, non sans peine, la Grèce ressuscitée à former une nation distincte, elle lui a mesuré chichement les moyens de vivre. La Grèce remontait à la surface avec un élément de rénovation d’une puissance et d’un prestige incomparables, à savoir l’ensemble de principes civilisateurs et vivifiants qu’on nomme l’hellénisme. L’Orient, abruti par le joug ottoman, y aurait trouvé le principe d’un relèvement magnifique, et nous n’apercevons pas ce que l’Occident y aurait perdu. De mesquines rivalités surgirent ; l’élan fécond se trouva contenu et l’on donna aux rivaux slaves de l’hellénisme le moyen de se ménager une avance artificielle. Malgré tout, son essor s’imposa et, aujourd’hui, les prodromes de la grande lutte se dessinent dans les Balkans. L’importance du moment est marquée par l’attitude des gouvernements. Les cabinets de Bukarest et de Sofia ont pris parti ; ils cherchent à sauver la face en gardant un calme apparent mais on sent et on sait qu’ils ont jeté toute leur énergie dans le mouvement hellénophobe.

La question cléricale en Espagne.

Le dernier cabinet conservateur présidé par M. Maura avait négocié avec le Vatican et fait voter par le sénat du royaume un accord qui donnait à la plupart des congrégations actuellement existantes en Espagne un statut analogue à celui que le concordat de 1851 avait accordé à trois d’entre elles. L’avènement du parti libéral eut pour effet de suspendre l’approbation par les Cortès et par conséquent la mise en vigueur de cet accord. Mais les libéraux ont fait preuve au pouvoir de beaucoup de faiblesse ; ils n’arrivent pas à mettre debout un cabinet viable ; MM. Montero Rios et Moret se sont vainement employés jusqu’ici à la tâche ingrate de stabiliser la majorité. Si ce but n’est pas atteint au cours de la session prochaine, il faudra recourir à la dissolution ou rappeler les conservateurs. La situation est assez critique car les prétentions de l’église sont réellement excessives notamment en ce qui