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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/424

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

Il se remet au travail avec acharnement. On entend alors une mélopée lointaine ; le chant par les femmes, une basse unique par les hommes. La mélopée se rapproche et les autres personnages apparaissent dans l’ordre suivant : les femmes, les enfants, le vieillard et Irheuld ; très en arrière, le Roseau, pensif, menant une chèvre. Au bruit, le mineur inquiet, s’arrête.

Le Mineur (aux deux femmes). — Que voulez-vous ?

Mamrhaah (effrayée, reculant). — Irheuld ! (Celui-ci s’approche d’un bond).

Mamrhaah et Norhka (le doigt tendu). — Là ! Là !

Le Mineur. — Qui êtes vous ? Pourquoi venez-vous me troubler ?

Irheuld (hautain). — Nous passions !… La terre est-elle à toi ?

Le Mineur (à part). — Peut-être (plus doux). Non… Qui êtes-vous ?

Irheuld. — Le bonheur.

Le Mineur. — Le bonheur ? mais me diras-tu ?

Irheuld. — Nous avons rencontré ce vieillard dans un sentier. Il était seul, sans famille, sans soutien… sans blé. Il est des nôtres maintenant (montrant le Roseau). Celui-là que tu vois, petit, faible, c’est le Roseau. Mais si son bras est impuissant pour le combat, il sait les plantes qui guérissent et, quand je reviens des chasses déchiré par les grands fauves, c’est lui qui panse et guérit mes blessures. Norhka est sa compagne ; tu vois elle est jeune, elle est belle ; c’est l’amour. Mamrhaah est mon épouse ; ces enfants sont les nôtres. Nous parcourons les prés, les bois ; nous aimons l’air et le soleil et, le soir, quand il disparaît, nous nous couchons parmi les fleurs ; grisés par leurs parfums, nous étreignons nos compagnes ; l’amour nous endort et berce nos rêves… Et toi, qui es tu ?

Le Mineur. — Je suis le Travail. Je suis l’Étude.

Tous (surpris). — Le Travail ?… L’Étude ?

Le Mineur (à Irheuld). — Tu ne comprends pas ?… Écoute. J’ai parcouru ces plaines et bien d’autres que tu ne vois pas. J’ai franchi des montagnes, descendu des vallées, traversé des fleuves… puis d’autres plaines, d’autres fleuves et encore des plaines. J’ai trouvé là des hommes vivant en société… instruits.

Le Vieillard (avec mépris). — Instruits !

Le Mineur. — Chez ces hommes j’ai pris le goût de l’étude. Je sais lire dans les astres.

Irheuld. — À quoi cela te sert-il ?