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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/421

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ODENATH ET ZENOBIE

était en état de soutenir un siège ; une vaste enceinte de défense l’encerclait et des approvisionnements abondants y avaient été réunis. Mais Zenobie inquiète de ne point voir venir les renforts sur lesquels elle comptait s’enfuit sous un déguisement pour aller négocier elle-même une entente avec les royaumes voisins. Averti de son dessein Aurélien lança à sa poursuite des émissaires qui se saisirent de sa personne. Zenobie prisonnière, Palmyre se rendit (272 ap. J.-C). Peut-être n’eût-elle pas trop souffert du nouveau régime si, Aurélien parti, les habitants ne s’étaient révoltés et après avoir massacré la garnison romaine n’avaient rétabli la royauté en faveur d’un parent de leur dernière souveraine. Cette fois la répression fut impitoyable. Des massacres épouvantables, un pillage éhonté ruinèrent et dépeuplèrent la malheureuse cité. Dès lors faute de courtiers et de banquiers — car c’était là ce qui constituait la base de la puissance de Palmyre — elle s’affaissa rapidement : les bonnes intentions qu’eurent successivement envers elle Dioclétien et Justinien demeurèrent stériles ; leurs tentatives pour la relever échouèrent. Palmyre ne fut plus qu’un chef-lieu délaissé ; on dit qu’au douzième siècle s’y maintenait encore une colonie d’Israélites prétendant descendre des fondateurs de la ville. Sa renommée avec le temps se transforma en légende si bien que lorsque le marchand anglais Halifoa réussit en 1693 à en visiter les ruines, la relation qu’il en fit souleva des rires incrédules. « On ne pouvait concevoir ni se persuader, a écrit Volney, comment dans un lieu si écarté de la terre habitable, il avait pu exister une ville aussi magnifique que les dessins l’attestaient ».

Artificielle dans son principe puisqu’elle s’élevait au milieu du désert, Palmyre manqua toujours d’originalité dans ses productions. Elle fut le carrefour de la fortune, la métropole du luxe. Il lui suffit de posséder les temples les plus vastes et les façades les plus décorées ; une prodigieuse avenue à colonnades constituait sa principale artère. Mais tout cela était de style grec plus ou moins artistiquement imité. On n’avait point demandé aux architectes ou aux sculpteurs des idées nouvelles : ampleur des dimensions et finesse d’exécution, voilà tout ce qu’on attendait d’eux. En religion, la confusion fut complète. La tendance monothéiste des Hébreux domina, mais ce fut le culte chaldéen du Soleil qui en bénéficia et d’ailleurs autour de cette croyance « officielle » des autels de toutes sortes s’élevèrent. Zenobie à cet égard fut une vraie Palmyrienne. Ses conseillers favoris furent Longin, un phi-