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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/412

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

xixe siècle, être emprisonné à cause d’une formule par lui introduite dans le cérémonial du culte ou d’un vêtement dont il avait jugé à propos de se revêtir.

L’un des plus curieux effets de cette persécution absurde fut de rendre du prestige et de la vie à toute la hiérarchie anglicane. On vit se réunir de véritables conciles dans lesquels, après avoir fait bande à part, l’épiscopat finit par s’aboucher avec le bas clergé dans un esprit de conciliation évangélique tout à fait nouveau. L’autorité de l’archevêque de Cantorbury en tant que primat de l’église anglicane se trouva restaurée. « Seigneur, écrivait dans son journal, l’évêque de Londres Tait, l’un de ceux qui avaient commencé par se laisser entraîner à la remorque de lord Shaftesbury, Seigneur, enseigne-moi à m’élever aux grandes réalités et à ne pas me laisser influencer par des objets petits et vulgaires. Donne-moi la vraie charité et l’impartialité. » Ce noble dési r commençait de germer dans les cœurs. On était loin de l’ancien anglicanisme déchu et grossier qu’évoquait Gladstone.


iii


Les ritualistes allèrent trop loin. Certains exaltés poussèrent les réformes très au-delà de ce que désiraient leurs ouailles. Ils furent soutenus en raison de leurs vertus personnelles et de l’attachement respectueux qu’ils avaient su inspirer autour d’eux bien plus que par suite d’une adhésion explicite et raisonnée aux doctrines qu’ils professaient. Des excentricités se produisirent et l’on s’aperçut alors que l’autorité centrale faisait et ferait tonjours défaut. Voit-on une « sacrée congrégation des rites » se réunissant au palais de Lambeth sous la présidence de l’archevêque de Cantorbury et, la séance finie, allant prendre le thé dans le salon de sa femme ? Cette considération de l’absence totale d’un pouvoir régulateur du détail détermina passablement de conversions au catholicisme. Il y en eut de sensationnelles. On vit même un curé auquel on cherchait noise se convertir avec ses vicaires et nombre de ses paroissiens. Mais ce Romeward movement n’eut jamais l’importance que certains chroniqueurs lui ont attribuée et l’ont pourrait aussi dresser une liste d’anglicans qui ayant été jusqu’au catholicisme en sont revenus ; il y en a plus qu’on ne pense.

Tout cela est très naturel. Outre que le sentiment national qui