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REVUE POUR LES FRANÇAIS

l’éducation et l’industrie. Mais les nobles rebelles voulant restaurer le liberum veto qu’on venait d’abolir s’adressèrent aux spoliateurs de leur patrie. Un second partage s’ensuivit. Les deux tiers de la Lithuanie, la Volhyrie et la Podolie devinrent russes tandis que la frontière prussienne s’avançait jusqu’à la Mazovie.

Il ne restait plus que 180.000 kilomètres carrés. C’est là que se fomenta une révolte qui, conduite par l’héroïque Kosciusko, débuta en remportant quelques succès. Les larrons couronnés prirent peur et leurs armées assiégèrent aussitôt Cracovie et Varsovie qui ne purent résister à un pareil effort. Le troisième et dernier partage s’opéra entre la Russie, l’Autriche et la Prusse ; la Pologne cessa d’exister.

Comment la Pologne a vécu

On le crut du moins. Nous avons dit en commençant ce qu’il en fallait penser dorénavant. Le phénomène, il est vrai, n’est plus aussi étonnant pour une génération qui a vu, après la Grèce, ressusciter des nationalités moins illustres et moins robustes. C’est une loi sociale maintenant démontrée par les faits qu’on ne tue pas les peuples qui ne veulent pas mourir. Or les Polonais n’ont jamais voulu mourir mais ils ont fait mieux que de vivre ; ils ont prospéré et se sont multipliés. Comment ? Par le fait même du triple partage dont ils avaient été victimes. Voilà bien un de ces chocs en retour de la justice immanente qui consolent l’humanité des injustices accomplies à son détriment. Varsovie, Cracovie et Posen se sont passé tour à tour le flambeau sacré, la flamme nationale. Quand les heures douloureuses de la persécution sonnaient pour une partie des Polonais, les autres groupes plus libres momentanément et plus heureux les secouraient et soutenaient leur courage. En dernier lieu c’est sur la Pologne allemande qu’a pesé un joug de fer. On a tout essayé, tout mis en œuvre pour germaniser le sol et les habitants. Les enfants des écoles furent l’objet de tentatives odieuses qui soulevèrent la réprobation du monde civilisé. Jamais la solidarité polonaise ne s’affirma plus nette, plus certaine qu’en cette circonstance et l’échec, une fois de plus, fut complet.