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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/378

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

chapitre suggestif sur le Caractère japonais. On nous caractérise comme une nation d’imitateurs. On dit que nous avons imité la Chine autrefois, l’Europe aujourd’hui. Il y a là une grande part de vérité : nous n’en éprouvons pas de honte… Nous avons reconnu combien votre civilisation était supérieure à la nôtre. Nous avons imité l’Europe en tout ce qui nous a paru avantageux pour notre pays. »

On sait gré à l’auteur de cette humilité à laquelle ne nous avaient pas habitués la fréquentation de ses compatriotes. Loin de diminuer à nos yeux les mérites du Japon, elle les précise, et le lecteur, conquis par la probité de l’écrivain, a foi en lui lorsqu’il assure que son pays méritait depuis longtemps cette initiation au progrès. « Le Japon a pensé et senti de lui-même depuis bien des siècles, écrit-il, et si l’on n’a pas une perception très vive de cette vérité, il est impossible de comprendre ce qu’est le Japon. » C’est absolument vrai. Vous ne saurez jamais rien du Japon actuel si vous ignorez son passé. Le baron Suyematzu nous l’explique longuement dans plusieurs chapitres qui traitent de la morale, des religions, des arts, des lettres, etc… Habitués que nous sommes à entendre parler du Japon par des voyageurs qui ne savent pas faire abstraction de leur mentalité d’Européens pour le juger impartialement, nous apprécions immensément ce témoignage original d’un Japonais sur son pays.

Dans la troisième partie de l’ouvrage, l’auteur nous entretient de la Chine et des Chinois, des rapports du Japon et de la France, et termine par des réflexions infiniment sages sur les relations futures de l’Orient avec l’Occident et le péril jaune. « Il ne peut pas, dit-il, y avoir de péril jaune sous la forme d’expédition militaire. Cette affirmation est fondée sur la nature même de la civilisation orientale, sur les caractères spécifiques de la Chine, sur la disparition de l’ancien esprit belliqueux parmi les races tartares et mongoles… La Chine est essentiellement pacifique. Le Japon pourra lui donner des conseils en ce qui concerne le développement de son industrie, de son commerce, et même de ses institutions publiques, mais le Japon connaît trop bien la nature et le caractère chinois pour ne pas savoir où il doit s’arrêter… »

Quant au péril économique imaginé chez nous par une catégorie de personnes hypnotisées par des statistiques plus ou moins inexactes sur lesquelles des légendes s’entassent, « il faudra des siècles pour que le Japon puisse présenter seulement l’apparence