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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/376

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

En 1885, le Parlement belge n’avait mis aucun empressement à favoriser les « rêves généreux » et la « politique aventureuse » du roi. L’autorisation nécessaire au cumul des deux souverainetés lui avait été donnée à regret. Mais bientôt les avis changèrent à cet égard, la Belgique fut conquise aux idées coloniales, l’État indépendant devint, pour elle, le Congo belge, et le roi tint compte de ses vœux en lui léguant, par un testament publié en 1889, la totalité de son domaine. Le Parlement s’empressa d’accepter ce legs royal et prêta désormais son concours financier au développement de sa possession future.

D’aucuns réclamèrent même l’annexion immédiate. Le roi Léopold, sans résister ouvertement à cette exigence, ne s’y est jamais prêté. On l’accuse, à vrai dire, d’avoir accaparé, là-bas, les meilleures terres dans son « domaine de la couronne » ; un publiciste Belge a prétendu qu’il en tirait 80 millions par an et qu’au lieu d’employer ces sommes à équilibrer le budget congolais, il préférait les consacrer à spéculer sur les terrains de Bruxelles, de Nice et d’Ostende. Le roi ne s’en défend pas, mais fait remarquer qu’il est parfaitement libre de disposer comme il l’entend d’un bien qu’il a créé. « Mes droits sur le Congo sont sans partage, dit-il, ils sont le produit de mes peines et de mes dépenses. Il m’importe de proclamer hautement ces droits, car la Belgique n’en possède pas au Congo en dehors de ceux qui lui viendront de moi. Sans eux, elle serait absolument dépourvue de tout titre. »

Avouez que le roi a raison. Il aurait pu ne rien donner du tout, et les Belges qui ont si longtemps refusé de l’aider sont malvenus à lui reprocher de ne s’être pas complètement dépouillé en leur faveur. Quoiqu’ils en pensent, la Belgique reste en cette circonstance l’obligée de son souverain. Elle lui est redevable d’un énorme accroissement de richesse, à ce propos comme, d’ailleurs, à bien d’autres. Profitons-en pour le remarquer.

L’action personnelle du roi Léopold ii s’est manifestée avec une si profonde habileté qu’elle a presque toujours passé inaperçue. Pour la plus grande partie du public, il est demeuré le type du souverain « qui règne et ne gouverne pas », et l’on s’occupe habitellement bien plus de ses affaires privées que de ses actes publics. Nous vous prévenons contre cette méthode. Libre à chacun d’estimer plus ou moins le caractère du roi, mais soyons justes : nous