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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/372

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

toires vénézuéliens donna lieu à des discassions constantes entre leurs possesseurs respectifs. En 1895, la rupture paraissait imminente. C’est alors que le président Cleveland intervint, par la déclaration suivante, dans son Message du 2 décembre : « La politique traditionnelle et bien établie du gouvernement des États-Unis est nettement opposée à tout accroissement territorial et violent des possessions d’une puissance européenne sur le continent américain ; cette politique est aussi bien fondée en principe qu’elle est bien justifiée par des précédents nombreux. En conséquence, les États-Unis sont obligés de protester contre l’accroissement du territoire de la Guyane britannique établi contrairement aux droits et à la volonté du Venezuela. » Le Président concluait en proposant de soumettre à un arbitrage la solution du conflit. Toute la correspondance qui fut alors échangée entre le secrétaire d’État Olney et lord Salisbury n’est qu’une discussion de la doctrine de Monroë, celui-ci prétendant que ladite doctrine n’avait aucun rapport avec le conflit présent, que créée pour résoudre jadis un certain ordre de faits — ceci est historiquement vrai — elle n’avait plus de raison d’être, que ni les intérêts ni la sécurité des États-Unis n’étaient menacés et que dès lors l’ingérence du gouvernement américain dans la dispute anglo-vénézuélienne n’était aucunement justifiée. Olney, au contraire, reprenant le texte même de Monroë, soutenait le droit des États-Unis d’intervenir, et, élargissant la doctrine primitive, il déclarait « qu’une union politique permanente entre un État européen et un État américain était contre nature », que les intérêts « de l’Europe étaient absolument inconciliables avec ceux de l’Amérique », que « les États-Unis étaient en fait souverains de ce continent et que leur volonté avait force de loi sur toute matière qui impliquait leur intervention », enfin qu’« ils étaient les maîtres de la situation ». L’Angleterre finit par accepter l’arbitrage : le tribunal rendit sa sentence le 3 octobre 1899 et trancha la question par un compromis.

Comme on l’a vu au cours de cette étude, les déclarations premières de Monroë ont été singulièrement amplifiées et élargies, et, de ses réponses, destinées à résoudre des cas déterminés, on a fait dans la suite un corps de doctrine et un principe de politique