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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/370

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

d’en trouver de plus suggestifs que la question de l’Orégon en 1845, la guerre franco-mexicaine, et le conflit anglo-vénézuélien de 1895.

En 1845, on désignait sous le nom d’Orégon une large bande de territoire compris entre les Montagnes Rocheuses et l’Océan pacifique et couvrant ce qui constitue actuellement la Colombie britannique, les États de Washington, d’Orégon et d’Idaho. Les États-Unis basaient leurs prétentions à la possession de ce territoire sur des titres divers : explorations de Gray sur la rivière Colombia en 1792, acquisition de la Louisiane, découvertes de Lewis et de Clark de 1804 à 1806, établissements fondés à Port Hall et Astoria en 1808 et 1811, traité de 1819 aux termes duquel l’Espagne avait renoncé à la contrée située au nord du quarante deuxième parallèle. En 1824 la Russie, comme on l’a vu dans notre précédent article, accepta de reconnaître comme possessions des États-Unis toutes les terres situées au sud du 54° 40′ de latitude nord. L’Angleterre protesta aussitôt et d’un commun accord il fut admis que les États-Unis et la Grande-Bretagne exerceraient une souveraineté conjointe sur la contrée disputée. Mais à mesure que les ressources de l’Orégon furent mieux connues, le désir des Américains d’y être souverains incontestés s’accrut. Aux élections présidentielles de 1844 le parti démocratique réclama « tout l’Orégon ou rien » ; Polk prit pour plate-forme « le cinquante-quatrième degré ou la guerre » et fut élu. Il entreprit aussitôt des négociations dans ce sens, affirmant dans son discours inaugural que le droit des Américains était clair et incontestable. Mais l’Angleterre ne se laissa pas intimider, et la résolution de recourir aux armes pour trancher le différend se manifesta d’un bout à l’autre des États-Unis. C’est alors que Polk invoqua la doctrine de Monroë. Il reprit cette affirmation que « les continents américains, en raison de la situation libre et indépendante qu’ils ont acquise et qu’ils ont su conserver, ne peuvent plus désormais être considérés comme des territoires ouverts à la colonisation future d’aucune puissance européenne ». Il ajouta que la conjoncture actuelle était bonne pour affirmer de nouveau ce principe auquel il donnait son entière adhésion. Mais il faut immédiatement observer que le principe invoqué portait à faux, car l’Orégon n’était pas res nullius : c’était un territoire que l’Angleterre