Ouvrir le menu principal

Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/367

Cette page n’a pas encore été corrigée
267
LES NOUVELLES HÉBRIDES

La solution qui s’impose

L’Angleterre nous aurait depuis longtemps accordé toute satistisfaction sans la crainte de mécontenter ses colonies d’Australie. Cette crainte nous paraît vaine malgré l’agitation provoquée et sans cesse renouvelée par la mission presbytérienne. Un long séjour aux antipodes nous a, bien au contraire, convaincu que le public, « l’homme de la rue », comme disent les Anglais, the men in the street s’en désintéresse fort.

En tous cas, nous ne pouvons un instant comprendre qu’il se soit rencontré en France et en Angleterre des hommes d’État assez peu avisés pour songer au partage de l’archipel. Plusieurs de nos confrères — le Temps, en particulier — ont soutenu de leur autorité cette opinion néfaste. Il nous faut la détruire à jamais dans l’esprit de nos lecteurs.

Nous constaterons d’abord que les Français se trouvent principalement intéressés dans la partie nord — la plus riche — tandis que les Anglais ne possèdent quelque prépondérance qu’à l’extrême sud, dans les îlots les plus voisins de la Nouvelle-Calédonie. Exerçant une absolue suprématie sur les autres groupes, nous ne saurions pas plus en abandonner la possession que tolérer l’établissement définitif de l’Angleterre dans l’archipel le plus proche de notre colonie.

Il est bien évident qu’il vaudrait mieux pour nous acquérir une partie des Hébrides que risquer d’en perdre l’ensemble. Si nous persistons à revendiquer leur annexion complète à l’empire colonial de la France, c’est parce que nous demeurons très convaincus qu’elle est possible. Nous allons préciser pourquoi.

Ayant discuté cette question, en Australie, avec un grand nombre d’hommes politiques appartenant à des partis divers, nous en avons recueilli la formelle assurance qu’ils s’opposeraient aussi bien au partage qu’à l’abandon total du groupe. Ils considèrent, à tort ou à raison, le voisinage des puissances étrangères comme un danger pour leur indépendance, et voudraient entourer leur pays d’une ceinture de possessions australiennes lui formant comme un rempart : c’est une sorte de doctrine de Monroë pour toutes les îles immédiatement voisines de l’Australie. En les réclamant pour eux-mêmes, ils ne sont pas guidés par le désir de s’agrandir — la mise en valeur de leur domaine continental leur constitue déjà une assez vaste tâche — : ce qu’ils veulent, expli-