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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/364

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

quentes, et torrentielles. Nous avons observé 31° à l’ombre au mois de juin, c’est-à-dire en plein hiver.

L’archipel se compose de huit îles principales et d’une infinité d’îlots couvrant ensemble une superficie d’environ 12.000 kilomètres carrés, à peu près deux fois la grandeur du département de Seine-et-Marne.

Un peuple d’anthropophages

La population indigène des Nouvelles Hébrides est peu considérable, environ 40.000 âmes. Elle appartient en majorité à la la race papoue et ne se fait remarquer par aucune qualité exceptionnelle. Les habitants qui n’ont pas encore été soumis à l’influence des missions chrétiennes mènent la vie sauvage. La plupart sont encore aujourd’hui anthropophages, non par goût, comme on pourrait le croire, mais par sentiment. Ils mangent leur semblable pour le punir d’un méfait, pour se venger d’une injustice et y trouvent une satisfaction morale. Beaucoup d’Européens ont été victimes de cette application féroce de la vendetta, victimes innocentes, bien souvent, payant pour les abus commis par leurs prédécesseurs.

Il n’en faut pas conclure que le séjour dans les îles est dangereux. Il suffit, en effet, de ne jamais s’aventurer dans certaines parties connues pour ne courir aucun risque. Le nombre des sauvages parfaits diminue d’ailleurs tous les jours, et beaucoup d’indigènes vivent à présent dans l’entourage des agglomérations européennes, se laissant doucement diriger.

Les Néo-hébridais sont un peuple trop inférieur pour tenir à leur indépendance, et, n’étaient les mauvais traitements dont ils furent l’objet de la part des premiers Européens qui mirent pied dans leurs îles, ils se seraient aisément laissés domestiquer par les blancs.

Ils n’ont pas de religion, ni de morale : ils adorent des fétiches en bois, croient aux esprits, n’écoutent que les sorciers. Toute leur industrie consiste à construire des pirogues, à creuser des troncs d’arbres pour les transformer en tam-tams, à tailler des sagaies, à enfiler des coquillages pour en faire des colliers. Ils n’ont pas d’alphabet, pas même de langage bien déterminé. Leurs dialectes variant de tribu à tribu, les indigènes, pour se comprendre entre eux, en sont réduits à employer un idiome enfantin