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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/355

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LE LIVRE D’OR DES AVENTURIERS

la mort de son père, il employa la petite fortune dont il héritait à acheter et à équiper un schooner de 120 tonneaux, et fit voile vers Bornéo. Il débarqua le 15 août 1839 à Kutching, sa future capitale. La province de Sarawak était en rébellion contre son suzerain, l’impuissant petit Rajah de Brunei. Ce fut pour le compte de ce dernier que Brooke y rétablit l’ordre ; puis nommé gouverneur il se rendit bientôt indépendant. Le pays prospéra grandement entre ses mains ; la piraterie disparut, la justice s’organisa… L’Angleterre reconnut ses droits ; par la suite, l’État de Sarawak fut placé sous son protectorat honoraire, mais ce n’est qu’au cas viendrait à s’éteindre la dynastie des Brooke, que Sarawak se trouverait annexé à la couronne britannique. Voilà donc une réussite, une vraie.

Royautés de fantaisie

Premier prix de fantaisie : lady Esther Stanhope, reine de Palmyre. Impossible de dire autrement, et qu’on nous passe l’expression, elle était bien maboul, cette pauvre femme. Mais on conçoit que Lamartine lui ait trouvé de la saveur lorsqu’il lui rendit visite au cours d’un voyage en Orient. Nièce de William Pitt, lady Esther était née à Londres en 1776 ; elle avait pu se croire appelée à jouer auprès de son oncle qui prisait fort son intelligence un rôle politique. Pitt disparu, lady Esther se rendit en Palestine pour y restaurer sa santé ; tout de suite elle s’habilla à la turque et comme elle répandait l’or à pleines mains, sa popularité grandit rapidement. Après un séjour à Damas qu’elle remplit de ses excentricités, elle se mit en route pour Palmyre. On lui avait préparé une inoubliable réception ; au milieu des ruines se tenaient des jeunes filles enguirlandées, sous les portiques des femmes dansaient, des bardes chantaient et tous les brigands de la région exécutaient dans la plaine des fantasias sans fin.

Cette journée coûta, dit-on, trente mille piastres à lady Esther, mais lui permit de se croire un instant l’héritière de Zénobie ; et cet instant suffit à illuminer su vie ; elle la « rumina » de 1814 à 1839 dans le vieux couvent de Dhar-Djoun situé sur une des croupes du Liban. Là, lady Esther fixa sa résidence peu après son « couronnement » ; elle y mena une vie bizarre, mystérieuse, au milieu de derviches et de devins occupés à découvrir dans le Coran les destins glorieux réservés à leur hôtesse. Ses prodigalités