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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/348

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

grâce aux économies réalisées sur l’achat des boissons fermentées, et, avec elle, la puissance économique et morale de toute la nation. Les Norvégiens ont ainsi fait, pour leur très grand profit, l’apprentissage de la tempérance. Ils ont le droit d’en être fiers, ayant donné au monde un magnifique exemple.

Au pays de l’or.

Un correspondant de l’Union des Employés du commerce de commission et d’exportation, que dirige avec tant de compétence M. F. Delannoy, nous mande de Prétoria que les charpentiers de cette ville se sont récemment mis en grève pour avoir vu réduire leurs salaires de 28 à 25 francs par journée de huit heures. Ils citent avec indignation le « prix de famine » que certains d’entre eux ont dû accepter : 525 francs par mois ! Nous les plaignons bien sincèrement… pour leur état d’âme. Ces braves gens sont victimes d’un contact incessant avec les chevaliers de la spéculation qui pullulent autour des champs d’or. Le désir de faire fortune l’emporte en eux sur le désir de vivre. C’est une idée fixe. La spéculation a tout envahi. Hypnotisé par le but à atteindre, chacun songe à la fin sans penser aux moyens. Dominé par la certitude, habituelle aux joueurs, d’une fortune prochaine, chacun dépense sans compter. Pour satisfaire au luxe, en attendant le coup de dés qui vous fera millionnaire, il faut gagner gros. Voilà pourquoi les travailleurs de toutes catégories exigent des salaires si élevés. L’ouvrier préfère se croiser les bras plutôt que se contenter d’une rétribution modérée ; le commerçant dédaigne les petits profits. Le métier qu’on exerce est considéré comme un expédient pour vivre au jour le jour.

Ces mœurs profitent aux travailleurs sérieux et facilitent singulièrement leur concurrence. Les immigrants Asiatiques, surtout les Hindous, en ont si bien tiré parti qu’ils sont en train d’accaparer le commerce de détail. Leurs victimes en sont exaspérées et réclament à grands cris de « l’Afrique Australe aux Afrikanders » l’expulsion des fâcheux qui menacent de rétablir l’harmonie économique qu’ils ont détruite.

Pareille chose s’est déjà passée en Australie, aux cris de l’« Australie aux Australiens ». Les autorités locales ont découvert, là-bas, un ingénieux moyen de fermer leur porte à toute personne jugée par elles « non désirable ». La loi sur l’immigration permet