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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/347

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

d’enseignement à l’École des Sciences politiques atténue, dans notre pensée, la rigueur de sa perte : le maître se survit un peu en la personne de ses élèves. Il s’en trouvera parmi ceux-là qui suivront son illustre exemple et sauront perpétuer son œuvre.

Sobriété Norvégienne.

Si nous en croyons les autorités norvégiennes — et nous n’avons aucune raison de mettre en doute leur parole — la Norvège est aujourd’hui l’un des pays du monde où l’on consomme le moins d’alcool par tête d’habitant, après avoir été jadis l’un de ceux où l’on en consommait le plus.

Une loi de 1816 ayant autorisé chacun à fabriquer l’eau-de-vie avec le produit de ses cultures, le pays devint bientôt la proie d’une véritable « peste alcoolique ». Ses ravages provoquèrent en faveur de la tempérance un mouvement presque général qui aboutit à la promulgation d’une législation restrictive très sévère. Actuellement la distillation et la vente de l’alcool sont interdites à défaut de licences spéciales. Au lieu d’un chiffre incalculable de bouilleurs, on compte en tout 22 distillateurs ; quand aux débits, qui étaient 1.101 en 1847, leur nombre est tombé à 640 en 1857, à 501 en 1871, à 130 en 1900. Conséquence : chaque individu, qui absorbait en 1840 une moyenne de huit litres d’alcool (ramené à 100 %) n’en consomme plus aujourd’hui que deux.

Les administrations communales ont seules la faculté d’autoriser la vente des spiritueux dans la limite de leur territoire. Le privilège de cette vente implique renonciation à tout autre commerce ; il est fortement imposé et ne peut, en aucun cas, s’exercer les dimanches, jours fériés et après-midi précédant les fêtes. Mieux : depuis 1871, les communes sont autorisées à transférer leur droit de vente à des sociétés philanthropiques connues là-bas sous le nom de samlag. Ces sociétés, devant nécessairement consacrer leurs bénéfices nets à des « fondations d’intérêt public », s’occupent naturellement de contrôler leurs clients, sans souci d’en augmenter le nombre. Par le consentement même des populations, donné en 1894 en la forme d’un plébiscite, elles monopolisent aujourd’hui à peu près complètement le débit des spiritueux et ont pu déjà consacrer plus de 20 millions de kroner — soit 26 millions de francs — à des fondations d’intérêt public. En même temps la situation sociale des familles s’est améliorée,