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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/345

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE



L’affaire Dreyfus est close. À l’exception des agitateurs habitués à pêcher en eau trouble, tous les français doivent s’en réjouir. Malheureusement ses effets subsistent. Cette détestable crise a développé en nous un abominable défaut : l’esprit sectaire. La plupart des Français, ses victimes, ont pris coutume de substituer dans leurs jugements la passion au bon sens. Ne croyez pas, lecteurs, que nous en accusions de préférence — employons pour la dernière fois ces vilains mots — dreyfusards ou antidreyfusards. Les deux opinions furent coupables, qui prétendirent trancher une question judiciaire avec des arguments sociaux, religieux ou politiques.

À présent, pansez vos blessures et sachez oublier à la fois les griefs et les torts de chacun. La Revue pour les Français vous aidera dans cette œuvre en vous rappelant sans cesse les sentiments, les intérêts, les cultes qui vous sont communs et vous rapprochent les uns des autres.

En Russie.

Avez-vous lu le discours prononcé par le prince Ouroussof, député de Kaluga, à la séance de la Douma du 22 juin ? Il a prêté un appui immense à l’assemblée dans sa lutte entreprise contre la bureaucratie impériale. Ayant établi nettement que les massacres de Volodga, d’Alexandrovsk, de Bielostok, etc., avaient été non seulement connus, mais préparés d’avance par la police, il a prouvé que le gouvernement ne devait pas en être déclaré responsable, étant lui-même réduit à l’impuissance vis-à-vis des fauteurs d’émeutes. « Les organisateurs de ces tueries, a-t-il dit, échappent au pouvoir du gouvernement et constituent une institution occulte d’une envergure telle qu’elle exerce sur la plupart des fonctionnaires de l’État une influence bien supérieure à celle des ministres. » La Russie n’est donc plus gouvernée, et la suprême ressource des autocrates est d’organiser l’anarchie. Singulier régime !

Cependant le Tsar n’agit pas : il s’eflace. La confiance populaire