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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/328

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

paient à nouer des relations avec le négus. La première mission extraordinaire parvenue à Addis Ababa fut la mission française conduite par M. Lagarde. Les ambassades anglaise, italienne, russe, suivirent de près la nôtre. L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, les États-Unis, la Turquie attendirent jusqu’à l’an dernier pour envoyer les leurs. Aujourd’hui toutes les grandes puissances s’y trouvent représentées de façon permanente et les intrigues se multiplient.

L’Angleterre ne tarda pas à s’apercevoir de l’intérêt considérable du chemin de fer français en construction. Elle reconnut qu’étant donné le caractère désertique des pays voisins, le port qui desservirait l’Éthiopie serait le seul port de la côte susceptible de développement, et que d’autre part la nation dont les territoires serviraient d’intermédiaire entre l’Éthiopie et le reste du monde ne manquerait pas d’exercer une influence prépondérante sur les destinées de ce pays. Voilà qui la contrariait d’autant plus qu’elle ne pouvait pas même songer à construire une voie concurrente de la nôtre, l’article 3 de la concession française portant expressément « qu’aucune compagnie ne sera autorisée à construire de lignes concurrentes » dans aucune direction. Elle résolut alors ni plus ni moins d’accaparer notre entreprise.

L’inexplicable indifférence de notre gouvernement avait ruiné le crédit de la compagnie auprès des financiers français. Cette compagnie, en fâcheuse posture, accueillit dès lors avec empressement, les propositions avantageuses d’un syndicat de banquiers anglais qui lui acheta une quantité énorme de titres et prit l’affaire en mains. Le plan de mainmise politique fut bientôt découvert : les accapareurs, triomphant bruyamment, firent connaître leur prétention de diriger sur Berbera un embranchement nouveau qui déposséderait Djibouti. La France comprit alors l’erreur commise, l’opinion publique s’en émut, et, en avril 1902, le Parlement vota à la Compagnie du chemin de fer une subvention de 25.000.000 de francs — 500.000 francs par an pendant cinquante ans — qui lui permit de se libérer momentanément.

En raison de cette intervention officielle, les Anglais ont abandonné leur projet primitif, mais réclament l’internationalisation du chemin de fer, sous prétexte de mieux garantir l’indépendance et la neutralité de l’Éthiopie. Il est, croyons-nous, superflu de faire remarquer que cette solution équivaudrait pour la France à une dépossession et serait contraire à nos intérêts. Les principales