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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/327

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L’ÉTHIOPIE D’AUJOURD’HUI

ment, chacune des trois puissances a recherché sa clientèle et s’est offerte à servir de canal entre ce pays et l’univers.

L’Italie ayant fait à ses dépens l’expérience d’une expédition armée, sa défaite servit de leçon aux autres. Sans plus songer à conquérir l’Abyssinie, chaque puissance étudia les moyens d’y pénétrer pacifiquement et d’en organiser une exploitation « amicale ».

La France bénéficiait alors de conditions très favorables pour exercer en Éthiopie une influence prépondérante : elle était avantageusement connue pour avoir consenti jadis, sous Louis-Philippe, à signer un traité d’amitié avec le roi du Choa, et surtout pour s’y être trouvée représentée, depuis plusieurs années, par un groupe de Français très estimés, composé de MM. Chefneux, Clochette, Mondon, etc… Ces messieurs, agissant d’ailleurs à titre purement privé, plutôt gênés qu’encouragés par les autorités françaises, avaient réussi à gagner la confiance du négus et occupaient à ses côtés d’importantes situations.

Ils firent comprendre à Ménélik que l’Éthiopie, isolée du monde extérieur, serait incapable de progrès, et qu’il lui fallait un chemin de fer pour relier à la côte ses riches provinces centrales. C’était si évident que l’empereur consentit de suite à examiner leurs projets. La côte voisine possédait deux bons ports reliés au plateau abyssin par deux routes également praticables : Berbera (anglais) et Djibouti (français). Nos compatriotes n’eurent pas de peine à obtenir de Ménélik qu’il préférât la voie française, et la concession d’un chemin de fer de Djibouti à Harrar, avec faculté de prolongement, fut accordée le 11 février 1893 à un Suisse, M. Ilg, qui la rétrocéda l’année suivante à M. Chefneux. Une société française fut aussitôt formée sous le nom de Compagnie impériale des chemins de fer éthiopiens.

C’était un coup de fortune pour notre colonie. Vous le comprendrez au premier coup d’œil jeté sur une carte. Hé bien ! chose incroyable ! l’administration française n’en voulut rien connaître et les premières difficultés sérieuses que rencontra la Compagnie vinrent de sa part. Tout ce qu’elle put obtenir, après deux ans de négociations, fut l’autorisation pure et simple de traverser son territoire. Les premiers rails furent posés en 1897 au milieu de l’indifférence générale.

Cependant l’Éthiopie, complètement ignorée jusque-là, commençait d’intéresser le monde, et les gouvernements européens s’occu-