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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/325

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L’ÉTHIOPIE D’AUJOURD’HUI

l’empire de ménélik ii

L’empire actuel de Ménélik couvre une vaste superficie, au moins égale à deux fois la France. Elle n’a jamais été évaluée précisément. Nous possédons peu de renseignements sur ces grandes provinces de l’empire qu’on appelle le Choa, le Harrar, le Godgiam, le Tigré, le pays Galla. Il faut avouer, d’ailleurs, que ceux-là même qui devraient nous instruire augmentent encore la confusion de nos aperçus. Ouvrez, par exemple, la Grande Encyclopédie — résumé des connaissances de la science à la fin du xixe siècle — à l’article Abyssinie, vous trouverez à l’appui du texte une carte où vous chercherez vainement les deux principales villes du royaume, Addis Abbaba et Harrar. Et l’on reproche aux Français d’ignorer la géographie ! Tout le monde ne peut cependant pas aller en Abyssinie pour constater l’existence de sa capitale et la majorité des Français devrait pouvoir se fier aux atlas et au premier dictionnaire venu. Est-ce leur faute s’ils sont imparfaits ?…

L’empire d’Éthiopie tient beaucoup de l’État féodal. Les gouverneurs de province — les ras — sont de véritables rois, administrant leur territoire comme bon leur semble, possédant leur armée, s’en servant à leur gré, fut-ce pour se faire la guerre entre eux. L’empereur est leur suzerain, plus ou moins écouté selon ses forces et sa valeur. Ménélik ii est parvenu à les dominer absolument. Leur pouvoir n’est pas héréditaire, c’est l’empereur qui les nomme, en les choisissant le plus souvent parmi les descendants supposés des compagnons illustres de Ménélik ier, fils de Salomon.

L’autorité de l’empereur sur ses sujets n’a pas de limite : le pays tout entier constitue sa propriété. Il ne rend de comptes à personne. Les plus grands personnages de l’État sont, après lui, les ras, les conseillers — à leur tête est le grand aleka, chef de la Maison impériale — l’abouna, chef des prêtres et l’etchéquié chef des moines.

L’empereur Ménélik semble avoir témoigné, dans le choix de ses auxiliaires, d’une parfaite connaissance des hommes. Il entend volontiers les bons avis et use de son pouvoir avec une modération et une prudence dignes d’un grand prince. Il rend la justice suprême avec indulgenee et bonté. Il aime son peuple : chaque