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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/322

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

l’on considère que les Éthiopiens pratiquent leur religion bien plus par habitude que par conviction, sont plus attachés aux formes extérieures du culte qu’aux pensées qui l’inspirent, on doit avouer que les deux églises n’ont aujourd’hui presque plus rien de commun.

L’Éthiopien tient beaucoup à son culte, d’autant plus qu’il en a souffert davantage par les persécutions séculaires de l’Islam. Victorieux dans l’Afrique entière, les musulmans n’ont jamais réussi à entamer cette « île chrétienne ».

L’Empereur n’exerce dans l’Église éthiopienne d’autre rôle que celui de fidèle et de haut protecteur. L’évéque chef de l’église est nommé par le patriarche copte d’Alexandrie. Il garde seul le célibat, les simples prêtres ayant la faculté de se marier. À côté du clergé séculier, moines et nonnes sont nombreux, ayant à leur tête l’etchiquié, sorte de général, très riche et très puissant. Ils vivent cloîtrés dans des couvents et observent les voeux monastiques en usage dans la religion catholique romaine.

Les Évangiles, rédigés en langue éthiopienne, sont l’objet d’une grande vénération. Le culte de la Sainte Vierge est immensément répandu. La confession est en honneur. Enfin l’on jeûne rigoureusement à tout propos, sans jamais manger de porc, de lièvre, ni d’aucun animal tué autrement que par strangulation.

Les superstitions tiennent encore plus de place que les croyances. L’Éthiopien croit aux rêves, consulte les sorciers, s’effraie du « mauvais œil », à tel point qu’en présence de personnes étrangères, il n’osera pas manger à visage découvert : de peur qu’un sort fâcheux ne vienne empoisonner ses aliments, il se cachera sous son manteau, les dérobant à tous les regards.

À côté des chrétiens monophysites, on trouve en Abyssinie un petit nombre de catholiques, des juifs, des musulmans et même des fétichistes. Personne n’a jamais été fixé sur l’importance totale de cette population. Nous croyons pouvoir l’évaluer à douze millions, chiffre minimum.


la justice : crimes et châtiments

Très formaliste en religion, l’Éthiopien ne l’est pas moins en justice. Il possède de longue date une organisation judiciaire complète et un code véritable, le fata-neguste, où l’on trouve en plus