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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/300

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

sûrement, et les Chinois eux-mêmes la dirigeront — en dehors des Européens et contre eux. Nos fils en subiront les conséquences, à moins que les Célestes du xxe siècle, amis de la paix, satisfaits d’avoir reconquis leur tranquillité, ne se montrent plus sages que les Européens du xixe. C’est bien possible.

Une nouvelle école de guerre.

Il s’agit d’une école de guerre… socialiste. Le mot n’est pas de nous, croyez-le bien, mais d’un journal allemand, la Neue Zeit, qui en préconise la fondation, au nom de son parti. Cette « socialistische Kriegsschule », fonctionnant à Berlin sous le contrôle immédiat du comité central du parti socialiste, devrait former des élèves « brevetés » qui recevraient, par la suite, des fonctions à remplir, des commandements à exercer. Ces élèves seraient recrutés par les comités provinciaux, qui paieraient leur pension : quant aux professeurs, ils seraient naturellement appointés, aux frais de la caisse centrale, et enseigneraient à ces jeunes gens, sous couvert de littérature, d’économie politique et d’histoire, l’art d’agiter les masses et de les soulever contre la société capitaliste.

Créer une école normale socialiste, c’est très naturel ; la qualifier d’école de guerre, c’est bien prussien ! L’idée de la Neue Zeit est d’ailleurs très pratique, pour qui connaît les mœurs allemandes. L’Allemand, quoi qu’il prétende, a besoin d’être enrégimenté. Tout Allemand qui se respecte fait partie d’un club, d’un « verein », et en porte fièrement les insignes. Une casquette et un ruban en sautoir le rehaussent à ses propres yeux et vis-à-vis de la société entière. Chacun, là-bas, envie l’empereur de posséder dans ses armoires tant d’uniformes différents. Si le socialisme avait un jour des chefs galonnés, il décuplerait certainement le chiffre de ses adhérents. La création de l’« école de guerre » serait-elle un premier pas vers cette militarisation de la socialdemokratie allemande ?

Le roi Pierre de Serbie, l’Europe et les régicides.

Sans vouloir défendre ici plus qu’il ne convient la mémoire du dernier des Obrenovitch, il nous est permis de constater la faiblesse de l’Europe à l’égard de ses assassins. Depuis trois ans, les