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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/28

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LA POLOGNE INCONNUE



La Pologne n’a pas seulement été exclue de la géographie ; on a voulu la chasser de l’histoire. Nous sommes aussi ignorants en Europe de son territoire que de ses annales. Et puisqu’aussi bien ce territoire continue d’exister malgré tout, il est bon de ne pas négliger l’étude des événements qui s’y déroulèrent. Pour quiconque s’emploie à surprendre la marche probable de l’humanité d’après des données positives et en rompant, s’il le faut, avec les enseignements traditionnels, — la résurrection de la Pologne intégrale n’est plus qu’une affaire de temps. Ce que n’ont pu obtenir en un siècle les autocratiques efforts d’un Frédéric ii et d’un Bismarck, d’une Catherine la Grande et d’un Nicolas ier, d’un Joseph ii et d’un Metternich, ce ne sont pas les institutions modernes, soumises en fin de compte au contrôle de l’opinion publique, qui le réaliseront. On a vu le congrès de Moscou se prononcer en faveur des revendications polonaises ; on en verra bien d’autres et ni les colères souveraines, ni les ambitions nationales, ni les intérêts coalisés ne prévaudront contre cette certitude que la Pologne, dépecée en trois tronçons et enfermée depuis cent ans dans trois tombeaux — y vit toujours, qu’elle est même infiniment plus consciente de sa force, plus ardente en ses aspirations, plus riche en ressources de tous genres qu’à l’heure de sa mort apparente. Nos pères — les braves gens — disaient : la Pologne doit vivre car elle en est digne. C’était du sentiment. Les contemporains, eux, constatent que la Pologne vit et qu’il est impossible de la tuer. C’est un fait. Voilà pourquoi la Revue pour les Français a jugé utile de documenter en quelques pages ses lecteurs sur le peuple étrange qui, sans frontières fixes, sans gouvernement stable, sans héritage défini, tira de lui-même la force nécessaire pour lasser toutes les tyrannies et tromper tous les calculs.

Le théâtre du drame polonais

Un immense trapèze borné par l’Oder, les Carpathes et le Danube d’un côté, de l’autre par le Dnieper et la Douna, s’étendant par