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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/276

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

conférences qui n’ont aucun rapport avec leur éducation militaire ; je préférerais, certes, beaucoup les travaux manuels. Mais alors que devient l’instruction intensive dont on a tant parlé dans les discussions sur la loi de deux ans ? Et cette instruction intensive est absolument négligée. Je pense qu’il faut laisser à l’école l’instruction générale et manuelle et au régiment l’instruction militaire et cela d’autant plus que le temps de service est plus court. Plus je vois ce qui se passe en ce moment dans les régiments, plus je suis convaincu qu’il faut mettre chaque chose à sa place et le plus tôt possible ». M. le général Dodds ne pense pas autrement. « À mon avis, dit-il, ces idées ne sont pas applicables, le temps à la caserne étant déjà entièrement employé à dresser, entraîner, aguerrir nos hommes ; elles le seront encore moins avec le service de deux ans ; le temps sera alors pour nous plus précieux et il ne nous sera pas permis de l’employer à perfectionner et à faire des ouvriers ». — « J’ai eu un instant l’illusion, écrit M. Pierre Baudin, qu’on pouvait faire quelque chose pour l’enseignement professionnel à l’armée. J’en suis tout à fait revenu. C’est impossible et nuisible. Seules quelques conférences agricoles peuvent se concilier avec la vie militaire. Encore ne faut-il pas en abuser. L’éducation militaire doit absorber les hommes. L’entraînement physique doit éviter de s’ajouter aux fatigues intellectuelles ou même au travail ennuyeux. Il ne faut pas, après une journée de grand air, compter sur l’attention des hommes. C’est une erreur formelle ». — Sir Charles Dilke, dont la compétence militaire sur les choses du continent est fort appréciée outre-Manche, confirme la même pensée dans un paragraphe énergique : «Two years service is fatal to the idea of manual labour in the army. It is hard work to teach the ordinary stupid conscript everything in the time given. Under long-service, it might have been possible to apply this idea ». — M. le colonel de Coubertin est moins absolu : « Incontestablement, dit-il, la question est intéressante et vaut la peine d’être creusée et étudiée ; mais tout ce qui est travailleur ne rêve que syndicat. Ce serait peut-être là le gros danger. Les Romains ne connaissaient pas cet instrument si redoutable pour la paix sociale lorsqu’il est, comme en ce moment, dévié de son but utile ».

Une longue et intéressante communication du général Lyautey apporte un point de vue différent. On sait que le général Lyautey après avoir lancé dans le public sous le voile de l’anonyme