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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/267

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LES PRÉCURSEURS DE LA PUISSANCE ANGLAISE

Les membres des chambres britanniques s’en rendaient compte lorsqu’on 1688 ils imposaient à Guillaume d’Orange de renoncer à entretenir une armée sans leur permission. La révolution de 1688, à cet égard, fut le remplacement, non point de celle de 1649, mais bien de la restauration de 1659. Le parlement acheva de se mettre à l’abri des atteintes ultérieures. Toutefois, le souci de limiter le pouvoir royal ne fut pas la cause dominante de l’événement ; encore moins le désir de rendre incontestée la suprématie de la religion réformée. Il y eut autre chose.

Un mouvement de chaude et enthousiaste sympathie avait accueilli le retour de Charles ii. On ignorait qu’il ramenât par devers lui les éléments d’une corruption morale propre à gangrener rapidement les hautes sphères anglaises. Un tel résultat ne pouvait être prévu et, sur aucun des points qui touchaient aux préoccupations présentes de l’opinion, il ne devait s’élever de dissentiments entre le souverain et son peuple. Charles ii, notamment, n’était enclin ni à la bellicosité, ni à l’intolérence. Sa femme, une princesse de Bragance, lui avait apporté, outre une dot de cinq millions et demi, Tanger et Bombay. Il vendit à la France Dunkerque, qui coûtait fort cher et ne servait pas à grand chose. Il ne prolongea pas la lutte contre la Hollande au-delà du nécessaire ; les succès qu’il y remporta furent atténués par le coup de main de 1667 lequel amena les Hollandais jusque dans la Tamise ; le traité de Breda n’en stipula pas moins la cession à l’Angleterre de New-Amsterdam, devenue New-York. En religion, Charles ii inclinait vers le scepticisme. Il n’insista pas pour faire adopter par le parlement sa déclaration d’urgence et consentit à ratifier le Test act qui le privait de choisir des conseillers parmi les dissidents. Jacques, son héritier, était catholique mais les filles de Jacques étaient protestantes et avaient épousé Guillaume d’Orange et Georges de Danemark ; les intérêts anglicans n’étaient donc point menacés. Alors d’où vinrent le malaise et l’inquiétude qui, très vite, se firent jour et prirent, dès 1678, un caractère aigu ?… De ceci : que la nation eut conscience que son chef n’était qu’à demi insulaire ; en quoi elle ne se trompait pas.

Charles ii, pour débauché qu’il fut, n’en avait pas moins de l’envergure mais son intelligence et son énergie l’entraînaient vers une œuvre contraire au sentiment de son peuple. Il voulait reprendre à son profit l’entreprise de Cromwell et la reprendre