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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/248

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

écoles confessionnelles subventionnées par l’État qui existaient auparavant. Trente années se passèrent ; le cabinet Balfour, sous l’influence des anglicans unis aux catholiques romains pour la lutte contre les « non-ritualistes », parvint à détruire l’œuvre libérale de Gladstone, à supprimer les écoles neutres et à assurer dans les comités locaux une sorte de prépondérance aux représentants des Églises. Cela ne contribua pas peu au renversement récent du parti conservateur et à l’avènement des libéraux. Ceux-ci viennent à leur tour de présenter un bill qui inaugurerait un troisième système. Il serait donné désormais dans toutes les écoles subventionnées un enseignement moral basé sur l’idée religieuse mais étranger aux distinctions confessionnelles. L’enseignement confessionnel n’y pourrait être donné que dans les villes de plus de 5.000 âmes, à la demande des quatre cinquièmes de la population et aux frais de ceux qui l’auraient réclamé. Les anglicans et les catholiques mènent une ardente campagne contre ce bill.

Pendant ce temps le parti ouvrier savoure son triomphe. Il voulait faire déclarer l’irresponsabilité pécuniaire des Trades-Unions et il y est parvenu. C’est encore le cabinet conservateur qui avait attaché ce fâcheux grelot. La Chambre des Lords avait décidé que les Trades Unions pouvaient être poursuivies en dommages-intérêts et reconnues civilement responsables des préjudices résultant pour autrui de leur intervention collective ou de l’intervention individuelle de leurs membres dans une grève. Intervention collective, cela pouvait se défendre ; mais individuelle, c’était inacceptable étant donné qu’il s’agit en somme de sociétés de secours mutuels et de retraite. Cette distinction était faite dans le projet présenté il y a peu de semaines par le cabinet libéral. Il était spécifié que les Trades-Unions ne pouvaient-être déclarées pécuniairement responsables sur les fonds sociaux que des actes commis en exécution des décisions prises par leurs comités. Si large fût-elle, cette formule fut jugée insuffisante et la majorité obligea le cabinet à retirer le bill et à se rallier au projet présenté par le parti ouvrier pour exonérer les Trades-Unions de toute espèce de responsabilité de cette nature. Ce projet, finalement, fut adopté à la colossale différence de 416 voix contre 66. Voilà un signe des temps ; il n’est pas grave, mais il est sérieux.