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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/243

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

de l’heure présente. Si cette occasion doit se retrouver, les circonstances ne seront plus aussi favorables. La Douma, en limitant le pouvoir impérial, lui enlèvera forcément de ce caractère sacré, autocratique, paternel qu’il revêtait et dont l’intégrité était indispensable pour une entreprise aussi considérable que la fédéralisation de l’empire. Qu’on ne s’étonne pas de nous entendre parler de la sorte. Dans cette revue, on ne se courbe devant aucune formule. Nous ne croyons pas qu’une assemblée élue, par le seul fait de son existence, entraîne après elle l’ordre et la liberté. Ce sont là des mots. C’est pourquoi, comme amis de la Russie, nous nous inquiétons de son parlementarisme naissant bien plus que des victoires japonaises ou des insurrections sanglantes. La Douma, voilà le vrai péril, le seul.

Le Pape et le modernisme.

Bien curieuse l’interview pontificale publiée par le Neues Wiener Tagblatt. Une femme de lettres qui s’est faite à Vienne l’apôtre des revendications féministes a franchi le seuil du Vatican et a pu causer librement avec Pie x et lui poser d’insidieuses questions. Le Pape y a répondu avec une franchise et un progressisme qui ont dû surprendre son interlocutrice et qui sont de nature à provoquer dans le monde catholique un mouvement d’opinion dont les conséquences seraient incalculables. Pie x a déclaré qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que les femmes deviennent avocats ou docteurs ; à l’exception de la théologie, naturellement « elles peuvent tout étudier avec confiance ». — « Cette dernière profession, a-t-il dit, en parlant de la médecine, leur convient particulièrement. La femme médecin a, dans les soins à donner aux femmes et aux enfants, un champ d’action considérable ; elle peut y faire beaucoup de bien. Il en est de même pour l’enseignement ». Après cela, que le Souverain-Pontife se prononce contre l’action politique des femmes, bien des féministes seront de son avis. « Électeurs, députés, non ! s’est-il écrié. Les femmes dans les parlements, il ne manquerait plus que cela. Les hommes seuls y font déjà bien assez de gâchis ». La boutade est spirituelle et n’altère en rien l’audace inattendue des déclarations précédentes. L’approbation donnée par le chef de l’Église catholique au mouvement qui entraîne tant de femmes vers la science