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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/218

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

juristes, lesquels écartent les demandes téméraires. — Oui, mais, d’abord, il peut toujours y avoir des surprises et, ensuite, l’assistance judiciaire est désormais de droit dans certains procès : la loi de 1898 sur les accidents du travail l’accorde, sans examen, à tous les ouvriers victimes d’un accident.

Dès lors, la comédie est facile à imaginer qui se répète chaque jour : un ouvrier feint un accident ou exagère un bobo : « Payez, dit-il au patron, ou je plaide ». — « Vous perdrez, répond celui-ci ». — « Possible, mais le procès vous aura coûté gros, cinq cents francs peut-être ; donnez m’en trois cents et je me tais ». Voilà l’édifiant dialogue, trame sur laquelle brodent les agents d’affaires.

Le remède ? — … Lorsqu’un plaideur attaque autrui avec l’arme gratuite de l’assistance judiciaire, le défendeur devrait pouvoir exposer ses raisons gratuitement aussi : si le tribunal lui donnait gain de cause, il n’aurait pas subi de frais ; s’il était condamné, la totalité des dépens lui incomberait, comme actuellement. Autrement dit, l’assistance judiciaire accordée au demandeur devrait être de droit pour le défendeur.


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HUMILITÉ CHINOISE



Nous achevions le café, sur la terrasse de l’Astor House quand on nous annonça la visite de M. Tsang Pao Young, riche banquier d’Hankow auprès duquel nous nous trouvions très recommandé. Il avait pensé nous être agréable en organisant un grand dîner en notre honneur, et venait nous inviter.

« Je suis honteux, dit-il, d’oser vous recevoir dans ma maison. Elle est si petite, si misérablement meublée ! Vous y mangerez de mauvaise cuisine et vous trouverez en détestable société : mes amis les plus distingués sont encore bien indignes de vous plaire. Hélas ! la Chine est loin de valoir l’Europe, et vous devez nous trouver bien inférieurs. »