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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/21

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

de nouveau et de plaisant dans cette insurrection norvégienne, c’est qu’elle a réuni l’unanimité de la population, qu’elle n’a fait aucune victime et qu’elle a abouti à quelque chose de meilleur. Oncques ne vit jamais une semblable insurrection. Aussi le terme est-il impropre et doit-on renoncer à l’employer. Une insurrection, c’est, en général, l’acte de colère d’un enfant impulsif et irréfléchi ; ce qui vient de se passer en Norvège, c’est l’acte de volonté d’un homme énergique et pondéré. Décidément la palme est aux Scandinaves ; ce sont les gens sages de l’heure présente. Si le 1er janvier a été moins joyeux et moins confiant à Helsingfors qu’à Kristiania, il n’a pas ressemblé du moins à celui de l’année précédente. Alors on pleurait les libertés nationales audacieusement violées ; les voilà restaurées. Mais en recouvrant ses droits, la Finlande a su se garder de toute exagération dangereuse. Elle n’a voulu profiter des troubles russes que pour rétablir le statu quo ante et s’est soustraite au décevant mirage d’une indépendance facile peut-être à réaliser aujourd’hui, bien difficile à maintenir demain. Les Finlandais ont ainsi donné un grand exemple de féconde mais méritoire abnégation. Il y a tout lieu de penser qu’ils ne tarderont pas à en être récompensés.

Où est Kosma Minine ?

Cet esprit, ce fut jadis celui de la Russie en des circonstances tragiques qui rappellent singulièrement celles qu’elle traverse sous nos yeux. Le Kremlin était alors aux mains des Polonais et la noblesse, vendue aux étrangers, trahissait ; des bandes de brigands semaient la terreur ; une famine horrible sévissait ; le désordre était général et la guerre civile semblait inévitable. Le peuple soulevé à la voix d’un simple boucher de Nijni-Novgorod s’employa soudain à }a délivrance de la patrie. Moscou fut repris ; une assemblée nationale s’y étant réunie appela au trône Michel Romanoff. Et ce fut l’aurore d’une ère nouvelle. Autour de la figure centrale de Kosma Minine, l’illustre boucher qui, ayant fait un tsar, retourna tout simplement à sa boutique, apparaissent dans cette étrange histoire plus d’un paysan, plus d’un ouvrier, dont le robuste bon sens et la sereine énergie déroutent et font réfléchir. Trois cents ans ont passé sur ces choses, mais il n’est pas sûr que Kosma Minine soit mort et qu’on ne le voie pas reparaître tout à coup. Rien de vraiment russe ne se dessine au fond des