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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/193

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

Hongrie lui refuse à son tour les moyens de gouverner ; désordres et illégalités. — Scène troisième : le premier ministre imposé par François-Joseph à la Hongrie, le baron Fejervary, a une idée géniale : il menace les Magyars d’établir dans leur pays le suffrage universel c’est-à dire de déchaîner contre leur domination toutes les populations non Magyares qui vivent sur le sol hongrois. — Scène quatrième : compromis. L’armée ne sera pas magyarisée et le suffrage universel ne sera pas établi. Un cabinet régulier succède au cabinet Fejervary et François-Joseph y admet les chefs de la campagne menée contre son autorité. On s’embrasse, la toile tombe. Comptez qu’elle ne sera pas longue à se relever. Quand un gouvernement a lancé sur un pays la formule sacramentelle : suffrage universel — il ne peut jamais la retirer.

Une imprudence.

Le gouvernement britannique vient d’envoyer dans le Sud Afrique une commission chargée d’étudier les bases de la future constitution du Transvaal. Le gouvernement conservateur avait déjà accompli le travail et préparé une constitution qui n’était peut-être pas suffisamment représentative au regard du droit mais qui probablement l’était assez au regard de l’opportunité. Le cabinet libéral a voulu surenchérir et les instructions données aux commissaires qu’il dépêche dans l’hémisphère austral tendent à faire la part plus belle aux Boers. C’est très généreux et très louable en principe. Qui sait pourtant s’il n’en résultera pas beaucoup de mal pour le pays et pour ses habitants. Qu’on se rappelle ce qu’a produit la magnanime initiative de Gladstone restituant jadis au Transvaal son indépendance que l’Angleterre avait supprimée une première fois quelques années auparavant — et sans grandes difficultés du reste, en tous les cas sans guerre. Certes le grand old man était justifié en blâmant énergiquement un pareil acte. Était-ce un motif pour l’annuler ? Si, sans évacuer le Transvaal, il l’avait alors organisé d’une façon libérale, ce serait aujourd’hui une république prospère et la noble race boer s’y serait développée pacifiquement sous le protectorat anglais. Au lieu de cela, les Anglo-africains abandonnés par Gladstone furent tout naturellement l’objet de tracasseries et de persécutions qui attisèrent les haines de race et, dès lors, on peut dire que la guerre fut inévitable. C’était là une leçon dont les libéraux d’aujourd’hui