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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/186

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

terme — origine et caractère qu’il est d’autre part impossible de modifier en l’an de grâce 1906.

Alors ?… Alors nous vous engageons à faire porter tout votre effort sur deux ordres de réformes qui ne seront ni politiques ni religieux, ne léseront ni les fonctionnaires ni les cabaretiers et n’apporteront point à vos finances un surcroît de charges — desquels, au contraire, dépend pour la plus large part, à notre avis, le problème dit social ; car ce problème n’est, en somme, qu’une question de bien-être et de bon sens. Or votre bien-être est insuffisant et votre bon sens n’existe quasiment plus du tout.

Sous prétexte d’éducation on vous a farci l’esprit des notions les plus incohérentes et les plus contradictoires. Elles dansent dans vos cerveaux un abominable cake-walk qui va de l’écolier au licencié, du certificat primaire à la thèse de doctorat. Les Français comprennent à peine ce qu’ils savent et n’ont plus du tout conscience de ce qu’ils ignorent ; ainsi leur système pédagogique a fait faillite car avoir la conscience précise de ce qu’on ignore demeure la base indispensable de toute éducation. Ils prennent pour de fulgurantes nouveautés des vieilleries déjetées, se font de la marche du monde l’idée la moins scientifique et se trouvent hors d’état d’utiliser l’expérience acquise par les générations précédentes. La France intellectuelle est devenue un capharnaüm rempli de choses précieuses mais dont il est impossible de se servir.

D’autre part, on vous dit riches et vous l’êtes. Pourtant quand on pense à ce que pourrait et devrait être votre fortune, à toutes les ressources improductives que vous laissez s’accumuler en vos mains, à toutes les occasions d’enrichissement qui passent à votre portée sans que vous en profitiez, on est tenté de vous trouver pauvres. Le rendement agricole métropolitain pourrait être infiniment supérieur à ce qu’il est actuellement ; quant au rendement colonial, on pourrait facilement le décupler. Toute l’industrie des transports est à reprendre et à réorganiser sur des bases différentes ; les compagnies de navigation, par l’ineptie des dirigeants, sont tombées dans un invraisemblable marasme ; votre marine marchande se meurt. La pire routine préside à l’exploitation de vos voies ferrées ; les tarifs sont mal calculés et encore plus mal appliqués.

Dans cet ordre d’affaires comme dans l’ordre d’idées indiqué plus haut, presque tout va de travers ; il n’y a pour ainsi dire pas