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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/18

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

simultanément ; en tous les cas, notre tâche, à nous autres simples mortels est aisée à définir sinon à remplir ; de ce régime nouveau il faut avant tout nous accommoder. Et la première condition pour y parvenir c’est de modifier nos habitudes mentales et de commencer à transformer résolument l’enseignement que reçoivent nos enfants. Le monde qu’on leur apprend comme celui qu’évoque dans nos esprits la lecture quotidienne des gazettes ne répondent plus à la réalité. Les proportions géographiques et sociales en sont devenues inexactes. La philosophie même qu’en dégage l’étude semble ridée et fanée.

Devons-nous donc ajouter encore au lourd bagage de connaissances exigé par la civilisation ? Non, car l’entendement humain a des limites ; à trop le charger on risquerait d’en entraver et d’en fausser le fonctionnement. Mais des méthodes différentes s’imposent. Savoir davantage, ce serait difficile et dangereux ; ce qu’on sait il faut le savoir autrement, voilà tout.

Nous faisions de la synthèse. Vous en doutiez-vous ? Eh bien nous ferons de l’analyse maintenant. Les éléments de la synthèse en l’espèce c’était le fragment sublime de terre et d’humanité qu’on appelle la Patrie ; c’était aussi l’honnête et laborieux enclos au-dedans duquel s’opérait le développement normal de la carrière. Nous appliquions tous nos efforts à mieux scruter l’âme du pays, à bien dégager sa personnalité, à nous tenir en étroite communion d’idées avec lui. Nous visions d’autre part à ce que le métier devint une seconde nature inséparable de notre être. Par là — par l’étude exclusive des choses nationales et l’attachement jaloux aux choses professionnelles, nous atteignions à une conception équilibrée de la vie, à une règle harmonieuse de conduite.

Aujourd’hui chaque patrie est devenue étroitement solidaire des autres patries ; non certes qu’elle tende à s’y absorber. Les utopistes qui le croient ferment leurs yeux à l’évidence car les nations cheminent au contraire vers une autonomie plus âpre et plus complète, mais en même temps elles réagissent sans cesse les unes sur les autres ; leurs moindres gestes ont des répercussions inattendues ; il est impossible à l’une d’elles de remonter un courant universalisé, de marcher seule au rebours des autres sans s’exposer à la déchéance. De sorte que la connaissance et la surveillance