Ouvrir le menu principal

Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/160

Cette page a été validée par deux contributeurs.
114
REVUE POUR LES FRANÇAIS

force morale des armées. C’est par la discipline très stricte qui y règne que le régiment suisse parvient en si peu de temps à un degré surprenant de cohésion ; mais c’est surtout par l’énergique esprit militaire dont est pénétré le noyau de la nation et qui se répand de là jusqu’aux frontières. En Suisse, tout le monde aime et respecte l’année et chacun se réjouit d’en faire partie. Elle est instituée, il est vrai, à l’image des patries superposées qui se partagent les cœurs helvètes. Sur la croix blanche du drapeau national, le nom du canton s’inscrit en lettres d’or ; conscrits et vétérans reçoivent, à l’ombre de ce drapeau, une puissante leçon de choses ; ils ont pour instructeurs des officiers dont le zèle et l’ardeur au travail surpassent tout éloge ; si les appels sont fréquents, la durée en est brève ; enfin le caractère purement défensif de la légion souligne ce qu’il y a d’utilitaire et de sacré dans le rôle qui lui est dévolu. Par là, peut être, l’armée suisse diffère des autres ; il n’en est que plus frappant, le fait que la discipline et l’esprit militaire forment les bases essentielles de ses progrès et donnent la mesure de sa valeur. Voilà bien la démocratie armée : or sa force consiste à se hausser, autant que possible, au niveau des armées de métier. N’est-ce pas significatif ? Rien que pour l’avoir compris et en avoir accepté les rudes conséquences, la Suisse a bien mérité de l’avenir.

Une dernière observation qui n’est pas à négliger. L’armée suisse coûte cher et, quoi qu’en disent les feuilles socialistes, le gaspillage y est inconnu ; on ne saurait, en tous cas, lui reprocher ses excès somptuaires car le souci de la simplicité y dépasse presque les bornes permises ; si quelques économies deviennent réalisables ici et là, le total en sera mince ; cependant la Suisse dépense en proportion, pour son armée, plus que les grandes puissances. Il n’existe donc pas de bonnes armées à bon marché. La force est fort coûteuse ; si vous voulez être forts, soyez prêts à payer.

Reste à savoir si ces paiements-là ne sont pas, aujourd’hui, les plus sages auxquels puisse consentir une bonne mère de famille.


le jardin d’essai de l’europe

Les expériences multiples auxquelles se livre, depuis quelques années, la Confédération helvétique, ont une portée qui dépasse