Ouvrir le menu principal

Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/153

Cette page a été validée par deux contributeurs.
107
À TRAVERS LA SUISSE MODERNE

les acteurs ; les sommes versées au timbre et à l’enregistrement sont recueillies par l’État qui rémunère les magistrats.

Et savez-vous combien il est perçu, chaque année, par l’État en droits de timbre et d’enregistrement ? Sept ou huit cent millions. Ajoutez à cela les sommes versées pour leurs frais aux officiers ministériels, et pour leurs honoraires aux conseils juridiques, et le bilan de la justice gratuite commencera d’être respectable.

Les frais sont tels que, souvent, dans les procès, les parties ne sont plus en désaccord que pour savoir qui les paiera ; récemment nous voyions un dossier d’une affaire portant sur la résiliation de la vente d’un cheval qui valait 350 francs : il y avait 1.874 fr. 25 de frais et le procès n’était pas terminé.

Si être un « plaideur » n’est plus un métier comme le disait Montesquieu, c’est encore, en outre d’un tourment moral, une dépense fort onéreuse : c’est presque un luxe.

Tous les gens pratiques ou gênés s’abstiennent de recourir à la justice ; ils transigent et font des sacrifices, même quand ils ont le droit et la raison pour eux ; à moins qu’ils ne soient indigents et n’obtiennent l’« assistance judiciaire ».

Je reviendrai, dans un mois, sur les inconvénients et les abus de cette institution d’ailleurs si bienfaisante.


----


À TRAVERS LA SUISSE MODERNE



On ignore la Suisse pour beaucoup de motifs dont les uns sont plaisants et les autres sérieux. Le premier, c’est que l’on y vient trop et surtout que l’on y cherche tout, hormis à voir des Suisses. Il n’y a qu’une Angleterre et qu’une Italie, qu’une Grèce et qu’une Espagne : il y a quarante-six Suisses. Il y a celle des gens en smoking qui aiment à dater leurs lettres du Dolder de Zurich ou du National de Lucerne et pour qui une affreuse petite mansarde dans ces palais du snobisme surpasse l’appartement le plus confortable dans un hôtel inconnu. Il y a la Suisse des vieilles Anglaises qui classent les « pensions » d’après la gentillesse de la patronne et sa façon de faire le thé. Il y a la Suisse des Alpi-