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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/142

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L’ACTUALITÉ MAROCAINE



Chez nous — chacun sait ça — l’actualité crée l’intérêt. Nous ne jugeons d’habitude une question politique ou sociale que par ses conséquences présentes et par les incidents momentanés qu’elle provoque. Il n’y aurait pas grand mal si nous possédions un gouvernement complètement affranchi des masses. Les gouvernements d’ancien régime étaient ainsi, les soubresauts de l’opinion n’influençaient pas leurs desseins. Combien plus lourde est la tâche d’un ministre de notre République française ! A-t-il un plan, mûri au cours de longues études ? il lui faudra l’abandonner, demain peut-être, sous l’empire de tel incident qui soulèvera le public soudainement érigé en juge, incompétent, irresponsable, mais souverain. Le sentiment populaire, au lieu de le guider, l’entrave. Il en serait autrement, sans doute, si les éléments principaux qui composent la foule et la dirigent se tenaient au courant des questions qu’ils prétendent résoudre. Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Hélas ! ceux qui prévoient ne sont pas toujours ceux qui gouvernent.

L’insouciance des populations françaises, déjà considérable à propos des questions locales, augmente démesurément avec les distances. Parler de notre ignorance de la géographie est devenu un lieu commun. Nous en plaisantons volontiers, sans essayer d’y porter remède. En sommes nous quelque peu dignes d’excuses s’il s’agit de pays très lointains, égarés dans l’immensité des océans, s’il s’agit des Nouvelles-Hébrides, des Wallis ou des îles Gambier ? Nous ne saurions l’être à propos du Maroc, notre voisin.

Depuis plus de cinquante ans la question du Maroc est à l’ordre du jour des intérêts français et c’est hier seulement, sous la menace d’une guerre, que l’opinion publique française l’a découvert ! Ouvrez un de nos atlas à la carte de l’Algérie, et cherchez-y le Maroc. Vous ne l’y trouverez pas. La carte s’arrête net à la frontière d’Oran, comme si les pays marocains, soumis à l’influence française, ne méritaient pas d’être connus au même titre que nos possessions ! Nos géographes l’ignorent, leurs élèves ne le devinent pas.