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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/140

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

dait aussi des architectes, des ingénieurs et des sculpteurs. La pratique de n’importe quel métier s’accommodait avec le métier militaire : tout soldat se doublait d’un ouvrier. Sans examiner s’il n’y aurait pas là les éléments d’une solution des divers problèmes que soulève le militarisme contemporain, on peut dire que l’Afrique romaine a été en majeure partie l’œuvre des légions qui, non seulement, en ont conquis le sol mais en ont construit les routes, les aqueducs, les édifices. Les Français et les Européens en général n’osent pas demander à leurs soldats des efforts analogues, hormis lorsqu’il s’agit de fonder quelque poste avancé dans une région encore inconnue et insoumise. Pourquoi ? » Permettez-moi de relever cette dernière assertion en vous signalant ce qui se passe dans l’armée italienne. Voici, à peu près dix-huit ans qu’a été créé ce qu’on nomme l’« instruzione agraria militare » et il y a aujourd’hui deux cent vingt garnisons dans lesquelles cet enseignement agricole est donné et plus de cent champs de manœuvres qui sont doublés de champs d’expérience. Le roi, avec son intelligence coutumière, suit de près les progrès de cette institution à laquelle il s’intéresse tout particulièrement. Eh bien ! ce n’est pas encore la légion romaine mais cela commence à y ressembler. Et je me demande avec votre collaborateur « s’il n’y aurait pas là les éléments d’une solution des divers problèmes que soulève le militarisme contemporain ». Ces problèmes me paraissent être les suivants : Comment se passer de nos jours d’une armée forte ? — Si on ne peut s’en passer, comment l’avoir forte sans l’avoir permanente ? — Si elle est permanente, comment ne pas dépenser beaucoup pour son entretien ? Ajoutons à cela la démocratie qui exige le service égal pour tous et l’équilibre international qui, s’il rend les guerres plus terribles, les rend aussi plus rares. D’où : difficulté de faire bon emploi des masses incorporées et de les maintenir dans un état d’esprit satisfaisant. Par ailleurs la guerre de nos jours — voyez la dernière étude du général de Négrier dans la Revue des Deux-Mondes sur les enseignements tirés des batailles russo-japonaises — réclame du soldat toutes sortes de compétences ouvrières ; certes son tir et son moral importent autant que jamais mais la bêche et la pique dont on juge nécessaire de le munir fréquemment symbolisent en quelque sorte les gestes nouveaux qu’on attend de lui.

Dans ces conditions, n’est-il pas désirable qu’on en vienne à ceci : que chaque soldat au régiment exerce son métier ou en