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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/138

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

dois âgé de vingt-quatre ans et n’ayant pas subi de condamnation infamante deviendrait électeur. Quelques dispositions atténuent le caractère démocratique de l’ensemble ; ainsi la délimitation des circonscriptions électorales est attribuée au roi qui pourra les remanier tous les neuf ans et, d’autre part, pour être éligible à la seconde Chambre il faudra être électeur dans la circonscription où l’on se présente. Malgré cela il est douteux que la première Chambre, telle qu’elle est actuellement composée, accepte un projet qui ne répond pas aux idées de sa majorité laquelle est très conservatrice et opposée en principe à l’extension du droit de vote.

En Autriche, le projet déposé par les barons de Gautsch a plus de chances d’être admis. Sans doute, certains groupes intransigeants se plaignent des avantages, à leur gré insuffisants, qui en résulteront pour la portion non allemande de la monarchie. Mais les modérés — et notamment les Jeunes-tchèques — considèrent que, si ce n’est pas encore là le suffrage universel absolu, cela y mène et qu’en tous cas le progrès est sensible.

Au Vatican.

L’encyclique, par laquelle le pape a répondu au vote de la loi de séparation, contient, comme on pouvait s’y attendre, des réserves formelles sur le caractère laïque des nouvelles associations cultuelles et une protestation énergique contre la façon dont le Concordat a été abrogé sans dénonciation régulière. Sur ce dernier point, il n’y a pas une voix sensée qui puisse donner raison au gouvernement français, lequel a agi contrairement à tous les usages établis. On comprendra plus malaisément que le Saint-Siège considère le régime de la séparation comme « injurieux vis-à-vis de Dieu » et comme « constituant la négation très claire de l’ordre surnaturel », étant donné que ce même régime existe ailleurs sans que personne ait jamais eu la pensée d’y rien voir d’analogue. Le pape, du reste, s’est empressé de profiter du grand avantage que la loi lui offre, celui de nommer lui-même les évêques. Et, à vrai dire, il y a toujours quelque chose de choquant à ce que le pouvoir civil s’ingère dans de telles nominations et discute les mérites d’un pasteur d’âmes. L’Église est lésée par le vote de la loi récente de deux manières ; d’abord en ce que le Concordat a été aboli sans même qu’elle en fût avisée