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attentive, car il est en rapports intimes avec les phénomènes sociaux ; avec la possibilité du progrès social et avec la nature de la conformation sociale. Parmi les spécialités qu’il faut tout particulièrement étudier, on peut citer : (a) La sociabilité, caractère que les différentes races possèdent à des degrés bien divers. Certains peuples, comme les Mantras, se montrent fort indifférents pour les relations sociales, d’autres ne peuvent pas s’en passer. Il est évident que le désir plus ou moins vif de se trouver dans la société des autres hommes, doit avoir une influence considérable sur la formation des groupes sociaux et se trouve par conséquent à la base de tout progrès social. (b) La haine de toute entrave. Quelques peuples sauvages, les Mapuchés, par exemple, ne se laissent gouverner à aucun prix ; quelques autres peuples qui ne sont pas plus élevés qu’eux en civilisation, se soumettent non-seulement à toutes les lois possibles, mais admirent même les gens qui les tyrannisent. Il faut examiner ces contrastes dans leurs rapports avec l’évolution sociale, car ils sont respectivement favorables ou défavorables aux premiers états de cette évolution. (c) Le désir de la louange est un caractère qui, bien que commun à toutes les races, qu’elles soient sauvages ou civilisées, varie considérablement en degré. Il y a des races absolument sauvages dans les îles du Pacifique, dont les membres sacrifient sans regret tout ce qu’ils possèdent, pour s’attirer les applaudissements qu’entraîne toujours la générosité poussée à l’extrême ; ailleurs on recherche les applaudissements avec moins d’ardeur. Il faut avoir soin de tenir compte des rapports qui existent entre cet amour de la louange et les entraves sociales, car cet amour joue un rôle important dans le maintien de ces entraves. (d) La tendance à acquérir. C’est là encore un caractère dont il faut tout particulièrement observer les divers degrés et les rapports avec l’état social. Le désir de la propriété augmente avec la possibilité de le satisfaire ; or, cette possibilité augmente dans la même mesure que se développe l’état social. Dès que la propriété d’abord indivise dans la tribu, puis dans la famille, devient individuelle, la notion du droit particulier de possession se définit et augmente le désir de l’acquisition. Chaque pas fait vers un état social plus solidement constitué, rend possibles les accumulations plus considérables et donne plus de sécurité aux jouissances qu’elles procurent ; l’encouragement à accumuler qui en est la conséquence, conduit à l’augmentation du capital et à de nouveaux progrès. Il faut observer dans tous les cas cette action et cette réaction du sentiment et de l’état social.

Les sentiments altruistes. — Ces sentiments viennent les derniers mais ce sont aussi les plus élevés. Leur évolution dans le cours de