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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/617

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besoin pour appuyer ses explications ou ses raisonnements ; enfin, ce même esprit de système qu’on peut lui reprocher comme commentateur donne à son œuvre un caractère de rigueur et d’unité qui, manquant aux textes qu’il interprète, la rendent en quelque sorte originale et nous permet d’en déduire l’état précis de la doctrine telle qu’il la comprenait et la professait. En ce qui regarde l’aspect extraordinairement artificiel de la langue et du style des commentateurs indiens et de Çankara en particulier, le tort de ceux-ci est plutôt dans l’usage si souvent subtil et puéril qu’ils ont fait du merveilleux instrument dont ils se servaient que dans la forme même qu’ils ont achevé de lui donner. À tout prendre, le sanscrit des commentateurs est la langue philosophique par excellence ; jamais la pensée humaine n’a eu à son service un moyen d’expression aussi souple, aussi analogique et aussi complet, — aussi rationnel en un mot. Une pareille langue est peut-être mortelle à l’imagination — ces mêmes commentateurs l’ont, ce semble, prouvé — mais il serait difficile de nier qu’au point de vue scientifique elle ne soit presque parfaite. D’ailleurs les scoliastes de l’Inde, à défaut d’idées neuves, ont su en tirer des effets de style où l’art du parallélisme et de l’enchaînement verbal des déductions a dit son dernier mot ; et il est telle phrase de Çankara où la symétrie et la dépendance mutuelle des formes du langage s’adaptent si parfaitement à celles de la pensée qu’on est obligé de reconnaître en lui, nous ne dirons pas un écrivain de génie, mais un dialecticien d’une habileté consommée. Comme nous l’avons vu, les commentaires de Çankara sur les Upanishads ont été publiés en 1849 et 1850 avec ces ouvrages, dans la Bibliotheca indica par M. Röer ; ils y sont accompagnés de la glose d’Ananda-Giri dont l’usage est souvent nécessaire pour l’intelligence complète des commentaires du célèbre docteur.

Ceux sur les Vedânta-sûtras ont été édités dans la même collection, en 1863, par le pandit Râma-Nârâyana-Vidyâratna ; ils sont accompagnés également d’une glose dont l’auteur est Râma-Ananda-Sarasvatî. Quant au commentaire sur la Bhagavad-Gîtâ, il est, autant que nous sachions, resté inédit jusqu’à ce jour ; mais ceux que nous venons d’indiquer et qui sont accessibles aux savants européens suffisent pour nous fixer sur les doctrines du célèbre docteur et nous permettre d’en tirer les secours les plus utiles pour l’intelligence du Vedânta dans sa période d’évolution.