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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/610

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REVUE PHILOSOPHIQUE


§ 1. — Les anciennes Upanishads.

Les Upanishads (séances ou leçons, surtout celles que le disciple vient recevoir de son précepteur spirituel ; de la racine sad avec les préfixes upa et ni, dans le sens de « s’approcher de », « venir vers ») sont des ouvrages très-différents les uns des autres par l’époque de leur composition, l’étendue et le style ; mais ils ont pour trait commun d’être consacrés à des spéculations théologiques et philosophiques dont le but est de procurer le souverain bien, ou l’objet de l’homme (purushârtha), c’est-à-dire la délivrance (moksha) par le moyen de la (vraie) science (vidyâ), ou celle de Brahma, l’être universel.

Les Upanishads ont encore un autre caractère générique : elles font partie de la çruti (révélation), c’est-à-dire des ouvrages sacrés, inspirés, disait-on, aux anciens sages par la divinité et, comme tels, n’ayant pas d’auteurs humains, au même titre que les hymnes védiques et les Brahmânas. Néanmoins, un très-petit nombre d’Upanishads, parmi les 180 environ dont nous connaissons au moins les titres, appartiennent au cycle védique proprement dit, c’est-à-dire à une époque antérieure au ive siècle avant J.-C. La plupart des autres sont d’une date relativement récente et s’échelonnent entre le premier et le huitième siècle de l’ère chrétienne.

Les plus anciennes seulement, et par là il faut entendre la Brihad-Aranyaka, la Chândogya, la Kaushîtaki, la Taittirîya, l’Aitareya, l’Iça, la Kena, la Kâtha, la Praçna, la Mundaka et la Mândûkya Upanishads, sont intéressantes au point de vue des origines et des doctrines du Vedânta ; car presque toutes les autres sont postérieures à la fixation définitive du système et ont été rédigées dans l’intérêt des nombreuses sectes qui rattachèrent et identifièrent, vers les premiers siècles de l’ère chrétienne, le culte tout spiritualiste de Brahma ou de l’âme suprême à celui des divinités mythologiques et anthropomorphiques de seconde formation qu’adoraient surtout les castes inférieures, comme Çiva, Krishna, Rudra, Râma, etc. Mais celles que nous venons de citer contiennent certainement les traits principaux du système philosophique qui reçut plus tard le nom de Vedânta[1] ; tous les docteurs védântins sont d’accord pour en rattacher l’origine aux Upanishads, et une étude un peu attentive des éléments de la question ne laisse aucun doute à cet égard. Le panthéisme spiritualiste qui forme la base de la doctrine est exposé de

  1. Il portait pourtant déjà cette désignation à l’époque où fut rédigée la Mundaka Upanishad.