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voir se manifester, comme une flamme électrique, ou comme un précipité chimique ^ . C’est ce qui a donné naissance à l’hypothèse non physiologique qui considère la vie comme de l’Électricité, comme une Oxydation, etc., qui attribue la vie au sang, ou à la force nerveuse. Contrairement à cette tendance analytique, il y en a une autre qui efface les distinctions nécessaires, qui identifie le mode inorganique au monde organique, et qui attribue la Vie et la Conscience aux dernières molécules de la Matière, au lieu de l’attribuer aux combinaisons spéciales de la Matière. D’Holbach pensait qu’il n’est pas improbable que tout l’univers soit doué de conscience — idée qui a été souvent reproduite sous des formes panthéistiques ou mystiques ; et beaucoup trouvent qu’il y a une nécessité logique de conclure que, si la Vie dépend de mouvements moléculaires, tout l’univers qui se meut doit être vivant. D’après les mêmes principes, ils ne supposent pas que l’univers soit une manufacture de coton, et cependant les phénomènes classés sous le nom de Vie ne sont pas moins spéciaux, ne dépendent pas de conditions matérielles moins spéciales, que ceux qui sont manifestés par une manufacture de coton.

L’organiciste affirme énergiquement l’unité des phénomènes organiques et inorganiques, tout en affirmant la diversité des phénomènes qui vient de la spécialité des conditions. Il ne dit pas, comme La Mettrie et les matérialistes purs, que fhomme est une machine, et que son âme est l’activité des forces cérébrales ; car il sait que l’homme n’est pas une machine, et que les fibres du cerveau, quelque actives qu’elles soient, ne sont pas une âme. Il n’ignore pas, il recherche même avec avidité, les rapports qu’il y a entre les phénomènes mécaniques et chimiques et les phénomènes mentaux, mais il n’attribue pas plus ces derniers phénomènes aux premiers, qu’il ne prétend expliquer une symphonie en énumérant les instruments à corde ou à vent qui sont dans un orchestre, et les lois mathématiques du son.

Dans la digestion, les faits mécaniques et chimiques sont si prépondérants, que plusieurs physiologistes se sont contentés d’explications purement mécaniques ou chimiques. Les divers mouvements de la mastication, de la trituration, des mouvements de l’estomac, sont des éléments si visiblement importants dans le processus digestif, que Borelli et l’école iatro-mécanicienne étaient disposés à interpréter cette fonction comme une fonction mécanique. Mais l’impossibilité de rendre compte de la digestion sans l’aide de

1. Von Baer, Zur Entwickelungs Geschichte.