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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/598

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590 REVUE PHILOSOPHIQUE

cerveau comme de son instrument, n'est certes pas d'accord avec nos habitudes scientifiques ; mais la conception qui fait des circon- volutions cérébrales le siège de l'esprit, qui considère certaines cellules comme le siège de l'idéation, tandis que d'autres sont celui de l'émotion ou de la sensation, — l'idée, en un mot, de chercher un centre unique pour l'esprit, ne me semble pas moins opposée à la philosophie biologique que celle d'après laquelle on recherche un centre unique pour la vie. Elle est sujette à deux objections. Au point de vue psychologique, c'est une erreur de considérer l'esprit comme une fonction simple : c'est l'expression abstraite de plusieurs fonctions complexes ; au point de vue physiologique, c'est une erreur de regarder le ceryeau comme Torgane de cette abstraction : ce n'est qu'un des organes d'un groupe complexe d'organes, dont l'action synthétique est indispensable. Chaque organe des sens a sa fonction particulière, mais il n'y a pas un organe de la sensation ; car la sen- sation n'est que l'expression abstraite de toutes les sensations con- crètes. Il en est de même pour l'esprit.

« Le système nerveux, a dit avec raison Virchow, est un appareil « composé d'un très-grand nombre de parties, d'égale valeur relative, « sans point central que l'on puisse déterminer. Plus nos recherches a histologiques sont faites avec soin, plus les éléments se multiplient, « et l'on voit que la composition dernière du système nerveux est « faite sur un plan analogue à celui qui a été suivi dans les autres « parties du corps. Un nombre infini d'éléments cellulaires se mon- c( trent les uns à côté des autres, plus ou moins autonomes et en une c( grande mesure indépendants les uns des autres. »

Et ailleurs : « Il peut sembler commode de dire que le système « nerveux constitue l'unité réelle du corps, d'autant plus qu'il n'y a « aucun autre système qui soit aussi disséminé à travers les organes. (( Mais cette dissémination elle-même, et les nombreuses connexions « qui existent entre les parties individuelles du système nerveux, ne a sont nullement faites pour montrer qu'il est un centre pour toute « action organique. Nous avons trouvé dans le système nerveux de « petits éléments cellulaires déterminés, qui servent de centre au « mouvement, mais nous n'avons pas trouvé une seule Q^Uule gan- « glionnaire dans laquelle tout mouvement prenne naissance. Les « sensations sont certainement recueillies par des cellules ganglion- « naires déterminées, mais parmi ces cellules nous n'avons encore pu « en trouver une seule que l'on puisse désigner comme le centre « de toute sensation ; mais nous rencontrons un grand nombre de c( petits centres 2).

1. Virchow, Pathologie cellulaire, 229-284.

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