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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/590

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582 REVUE PHILOSOPHIQUE

L'hypothèse spiritualiste prend tant de formes, depuis la forme crue d'un esprit habitant le corps, jusqu'à la forme subtile d'une abstraction substantialisée, qu'il est difficile de la discuter dans un seul chapitre ; les arguments qui réfutent un écrivain, ne prouvent rien contre Tautre. Actuellement, l'hypothèse d'un esprit, ou d'une âme considérée comme substance spéciale, a peu de crédit. Elle est remplacée par celle d'une abstraction métaphysique. Ainsi, Lotze qui a victorieusement réfuté l'hypothèse d'un principe vital, repro- duit l'idée de Leibniz d'un paralléUsme entre les processus mentaux et physiques, qu'il considère comme deux séries essentiellement distinctes bien que simultanées, et mutuellement conditionnées. Le vieux Fichte déclare que l'âme est un Processus et non un Fait (eine Thathandlung nicht eine Thatsaché); et son fils reproduit cette idée quand il dit que l'âme n'a qu'une existence dynamique et non physique. De là, il n'y a qu'un pas à l'hypothèse organiciste, qui regarde l'âme, non comme une substance, mais comme un sujet logique. Le sujet est déterminé par ses attributs; il n'est, en un mot, que leur synthèse. Par. suite la nature de l'âme doit être cherchée dans les faits concrets de la Conscience; et puisque ces faits ne nous sont connus que comme dépendant de conditions organiques, il est irrationnel de chercher les causes de ces faits concrets, en dehors de l'organisme et de ses rapports avec le milieu.

La position principale du spiritualisme, quand il laisse de côté ses arguments négatifs pour mettre en avant ses preuves positives, c'est que la conscience déclare énergiquement que l'esprit est quelque chose d'essentiellement différent de la matière, qu'il est simple et non complexe.

En un sens, ces deux affirmations sont indiscutables. L'esprit et la matière sont deux signes abstraits, qui.expriment des aspects diffé- rents. L'un symbolise tous les faits de ce qui sent, l'autre tous les faits de ce qui est senti. Ils s'excluent mutuellement comme le plaisir et la douleur. Le matérialiste accepte ces distinctions sans hésitation. Mais elles ne touchent en rien à son hypothèse que les phénomènes mentaux sont des phénomènes organiques, et que les phénomènes organiques considérés objectivement appartiennent à la classe objective désignée sous le nom de matière, que par consé- quent, toutes les règles de recherche qui s'appliquent à la classe des faits objectifs s'appliquent aux faits de la vie et de l'esprit, quels que soient les caractères spéciaux que ces faits puissent présenter.

C'est une erreur de supposer que la conscience nous apprend directement que l'Esprit n'est pas un groupe de phénomènes organi- ques. La conscience ne nous apprend rien directement, si ce n'est

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