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phénomènes vitaux et les phénomènes chimiques. Mais tout en refu- sant d'interpréter la matière organisée par des modifications possi- bles de la matière ordinaire, nous rejetons l'hypothèse que la vitalité « est une forme inconnue d'une force n'ayant aucune connexion avec la force ou le mouvement ordinaire. » (Beale.) Nous devons encore répéter qu'il n'y a absolument aucune preuve de l'existence extra- organique qui est « temporairement associée à la matière, » et qui « règle non-seulement les changements que la matière a à subir, mais encore qui prépare à l'avance les changements qu'elle doit présenter dans l'avenir. » Ce qui « est temporairement associé à la matière, » n'est pas, si l'on accepte la métaphore, une force qui a la prescience de l'avenir, ni une force sans alliance avec l'énergie ou le mouvement, mais une force qui est l'énergie soumise à une direction d'un état particulier de la matière organisée. Que les phénomènes vitaux dépendent des changements de la matière organisée, nous en avons une preuve positive; mais qu'ils dépendent d'un agent extra- organique, ou d'une « force » sans matière, il n'y en a absolument aucune preuve.

Aucune preuve. Car les spiritualistes, pour la plupart, rejettent ce que nous pourrions appeler une preuve, et se fient aux « intuitions » comme ayant une bien plus grande valeur. Celte remarque ne s'ap- plique pas au D^ Beale, qui tout en rejetant la doctrine d'un principe vital sous sa première forme, insiste sur une « force vitale, » comme étant la conclusion nécessaire à laquelle l'ont conduit ses recher- ches histologiques. Assurément, ce n'est pas par suite de légèreté, ni d'ignorance de ce que les physiologistes ont fait, ni par manque de patientes investigations que le D"" Beale adopte l'hypothèse métaphy- siologique. C'est le mirage de la « germinal matter » qui soutient sa conviction en une Force ou un Pouvoir par lequel il remplace les hypothèses traditionnelles d'un esprit, d'une Archée, d'un nisus for- mativus, d'un plan. On dit que cette force mystérieuse et indétermi- née a influence les éléments de la matière, bien qu'elle ne soit avec la matière dans aucun rapport qualificatif, ni quantificatif, autant qu'on a pu le prouver jusqu'à présent. » Cette hypothèse d'une « force qui se transmet à de nouveaux éléments, sans perte ou dimi- nution d'intensité, et quelquefois même avec augmentations, » est si clairement en désaccord avec ce que toutes les autres sciences en- tendent par force que nous pouvons bien insister sur elle, comme étant siii generis. Nous devons abandonner tout ce que nous avons appris en physique et en chimie, et jeter par-dessus bord tous les principes dynamiques, avant de pouvoir accepter cette force. Mais si le D"^ Beale a des preuves qui puissent prouver l'existence de cette

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