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quement une force en face d'une autre force, à savoir une force orga- nisatrice en face de forces inorganiques. La première est aussi natu- relle et agit aussi bien d'après des lois que les dernières. Elle s'en distingue uniquement comme une force supérieure se distingue des inférieures, et suit seulement d'autres lois. » Il est à noter ce qu'elle n'agit pas comme les forces de la nature inorganique simplement sur la matière, mais encore sur la forme. Son activité consiste jus- tement dans la production et la conservation de cette forme. »

Il n'est pas question ici de critiquer l'expression : force vitale, que 3chopenhauer choisit en conformité avec les opinions scientifiques de son époque pour désigner le principe organisateur ou formateur ; il suffit d'indiquer qu'elle est rejetée actuellement par les sciences naturelles, parce qu'elle fait naître l'idée fausse que le principe orga- nisateur peut être une force matérielle ou mécanique du même ordre que les autres forces de la nature ^ . En fait Schopenhauer et Frauens- taedt pensent comme moi que c'est un principe immatériel, physique, qui n'est lié ni à une matière déterminée (fluide nerveux) ni à cer- tains atomes centraux des organismes, et dont les effets ne sont pas rapportés, comme ceux de toutes les forces de la nature, en vertu d'un pouvoir centripète ou centrifuge, à un point déterminé de l'es- pace que l'on regarde comme le siège imaginaire de la force. Scho- penhauer était d'autant moins en état de se faire une idée nette de la différence existant entre le principe organisateur et les forces ma- térielles qu'il lui manquait encore relativement à ces dernières le concept de la force mécanique (c'est-à-dire déterminée dans l'es- pace), et qu'elles lui apparaissaient vaguement sous le concept obscur d'action dynamique.

Frauenstaedt aurait dû traiter ce point avec une précision plus en rapport avec l'état actuel des sciences naturelles. Nous retenons simplement ce fait qu'il reconnaît aussi que le principe organisateur, destiné particulièrement à réaliser la téléologie dans la nature, est une idée dans le sens attaché par Schopenhauer à ce mot. Seule- ment il ne veut pas admettre que ce soit une idée simple, ou une représentation simple sans le pouvoir de se réaUser elle-même, c'est-à-dire sans énergie de volonté ou sans force créatrice. Mais, en vérité, je ne connais pas de philosophie comprenant sous les idées de la nature de simples idées privées de la puissance de se réaUser. Dans le langage abstrait seulement on peut désigner le principe orga- nisateur comme simple « idée de ïa vie. » Dans la réalité, le principe organisateur peut uniquement tendre à réaUser une forme concrète

1. Comp. mon traité : de la force vitale dans mon Recueil d'études et de traités, IV.

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