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E. de HARTMANN. — SCHOFENHAUER ET FRAUENSTAEDT 541

aucun changement ne peut devenir cause, sans qu'une volonté fonc- tionne comme force productrice, et une volonté ne peut pas se ma- nifester comme vouloir concret, s'il n'y a pas de cause occasion- nelle, c'est-à-dire de motif. En aucun cas cependant, Schopenhauer n'aurait approuvé la manière dont Frauenstaedt et Bahnsen ont com- pris sa doctrine, comme si la causalité du motif s'étendait à la volonté, comme si le motif était la cause du fonctionnement de la volonté. Mais il faut que telle soit Topinion de Frauenstaedt, puisqu'il croit pouvoir déduire de la causalité du motif et de l'identité de la causalité à tous les degrés de la nature, la réalité de la causalité dans le sens transcendant. Bien plus, la véritable opinion de Scho- penhauer est que le vouloir concret comme fonction temporaire incline déjà du côté du phénomène, c'est-à-dire du phénomène sub- jectif; que par conséquent la causalité du motif reste tout à fait dans la sphère immanente, en tant qu'elle n'aide pas à déterminer le vou- loir en lui-même, mais seulement le contenu de l'acte déterminé de la volonté, comme phénomène subjectif temporaire. D'après lui tout acte particulier de la volonté a un motif, la volonté en général (comme affirmation de la volonté ou comme volonté de vivre) n'en a pas; de même, d'après lui, chaque acte particulier a une fin, le vou- loir dans son ensemble n'en a pas, et d'après le texte, la fin du vou- loir doit être comprise comme le but conscient ou le contenu cons- cient du vouloir ^ .

Frauenstaedt combat la doctrine métaphysique juste et profonde de Schopenhauer : que le vouloir en général n'a ni but, ni motif; Bahnsen fait de même ; mais en cela, ce dernier est dans son droit à son point de vue; Frauenstaedt, au contraire, est dans son tort. En effet, Bahnsen nie une volonté universelle une et absolue, et en revanche il attribue à la volonté individuelle une suhstantialité et une aséité éternelle; mais Frauenstaedt accepte la volonté universelle une et identique, et nie la suhstantialité et l'aséité des volontés indi- viduelles. Bahnsen s'appuie par conséquent sur le caractère intelli- gible; il admettrait que, s'il y avait une volonté absolue, celle-ci ne pourrait pas être pensée comme caractère (ni comme une volonté avec une substance concrète ou but). Frauenstaedt, au contraire, qui attribue l'aséité seulement à la volonté universelle et met avec rai- son tous les caractères individuels dans la sphère des phénomènes (objectifs), est obligé de reconnaître que le dernier fondement intime

1. J'ai aussi nommé cette dernière « objet du vouloir, » sans pour cela l'avoir jamais confondue, comme Frauenstaedt et Bahnsen le prétendent, avec l'objet de la représentation, ou même avec la chose en soi correspondant à cet objet de la représentation.

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