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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/527

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ANALYSES. — LUYS. Le Cerveàu et ses fonctions. 519

périphérique; si bien que fibre à fibre, élément sensible à élément sensible, tout notre être est conduit, transporté en bloc dans les réseaux du sensorium. C'est là que nous sommes représentés en détail : c'est là que tous nos éléments sensitifs se condensent, se fusionnent en une inextricable unité, qui n'est elle-même que Texpression de la solidarité des réseaux nerveux sous-jacents. »

Le style de M. Luys a un éclat et un mouvement qui se rencontrent rarement chez les anatomistes; mais il a ses dangers notamment en ce qui touche la psychologie qui demande une langue très-précise.

Nous reprocherons aussi à l'auteur des explications trop simples qui rappellent la manière de Gondillac et du xviii<^ siècle. Il n'est pas si facile qu'il semble le croire (p. 199) d'expliquer les notions d'espace et de temps. En ce qui concerne cette dernière^ nous inclinons à son opi- nion, mais sans nous dissimuler qu'elle soulève les objections les plus graves, entre autres celle d'un cercle vicieux : car est-ce la mémoire qui rend possible la notion du temps ou la notion du temps qui rend possible la mémoire?

De même pour ce qui concerne la nature des sentiments, émotions, etc., M. Luys semble l'expliquer par une association d'idées. (Exemple d'une dépêche télégraphique qui nous jette dans la consternation, etc., p. 88). Mais l'association n'explique que les sentiments complexes, chaque idée traînant en quelque sorte un sentiment à sa suite; elle n'explique pas la nature du sentiment simple. En d'autres termes, quelle diffé- rence y a-t-il entre une pure conception de l'esprit et une émotion; entre ce que Bichat appelait a un état du cœur et une froide série de phénomènes intellectuels? » C'est là le vrai nœud de la question.

Th. RiBOT.

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