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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/453

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ce qui nous est commun avec l’animal, jusqu’aux facultés caractéristiques de notre nature.

Nous renonçons, à cause du grand nombre des détails, à suivre M. Dumont, dans l’analyse de chaque espèce particulière de nos plaisirs et de nos douleurs. Mais, tout en faisant encore ici des réserves sur quelques points, sur certaines assertions ou certains rapprochements, particulièrement sur les analyses des sentiments du beau et du sublime, nous avons eu le plaisir d’y trouver bien des faits intéressants et des observations délicates qui viennent à l’appui de la théorie péripatéticienne de la sensibilité. Nous aurions surtout à signaler une théorie du rire où l’auteur résume et perfectionne ce qu’il avait écrit, il y a déjà plusieurs années, dans un traité spécial sur le même sujet. Il faut faire honneur à M. Dumont d’avoir, à notre avis du moins, plus approché de la vérité que la plupart des anciens et des modernes qui ont, tour à tour, essayé de résoudre ce petit problème psychologique, non moins difficile qu’intéressant.

En résumé, malgré quelques excursions, suivant nous, malheureuses dans la métaphysique, l’ouvrage de M. Dumont, qui se recommande par le mérite d’un certain nombre de vues ingénieuses et d’analyses psychologiques, contribuera sans doute à développer et à éclairer, au sein de la psychologie française, l’étude des phénomènes si intéressants du plaisir et de la douleur. Selon Herbert Spencer, ce sont les phénomènes les plus obscurs et les plus embrouillés de la science de l’âme[1]. Alexandre Bain a dit de même, dans la troisième édition des Emotions and Will où il cherche à montrer l’accord de sa doctrine avec celle de l’évolution : « De tous les départements de l’esprit, le plus difficile à traiter scientifiquement est celui du plaisir et de la douleur[2]. »

Il faut reconnaître qu’il n’y a pas, en effet, grande lumière à attendre de la doctrine de l’évolution pour les faits affectifs qui s’y accommodent sans doute moins, dans leur simplicité, que les faits intellectuels avec leur enchaînement, avec leurs combinaisons, avec leur complication croissante. Si M. Dumont a réussi, comme nous le pensons, à leur donner quelque lumière, c’est grâce à l’observation psychologique toute seule, et non aux spéculations sur la mécanique universelle et sur la transformation des êtres dans la suite infinie des temps.

Francisque Bouillier,
de l’Institut.
  1. Principes de psychologies, 1er vol. p. 279, trad. Ribot.
  2. Préface.