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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/447

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ou telle faculté, de tel ou tel jugement, mais de l’exercice de toutes nos facultés, de tous les modes de notre activité, de la conscience même, comme dit M. Dumont, des actes et des mouvements dont notre organisme intellectuel ou vital est le théâtre, abstraction faite de tout jugement sur le rapport de ces faits avec un idéal quelconque. Mais à quelles conditions l’exercice de nos facultés s’accompagne-t-il de plaisir ou de douleur ? Suivant la réponse à cette question il distingue encore ici deux grandes subdivisions de systèmes dont les différences ne sont peut-être pas aussi tranchées, comme nous le verrons, qu’il a l’air de le croire. Il distingue ceux qui ne tiennent compte que de la qualité et ceux qui ne considèrent que la quantité de cette activité. Les premiers sont absolutistes, selon l’expression de M. Dumont, parce qu’ils supposent un type de l’espèce, parfait, normal, et n’admettent d’autre source de plaisir que l’exercice régulier de l’activité conformément à ce type ; il appelle les seconds relativistes, parce qu’ils font dériver le plaisir de tout accroissement de force, sans nul égard au rapport avec un type quelconque de perfection de l’espèce.

M. Dumont range tout naturellement son système dans ce dernier groupe, qui est celui des penseurs auxquels, selon lui, il a été donné de rencontrer le vrai sur cette question. Qu’il me soit permis d’ajouter qu’il veut bien nous placer, fort honorablement d’ailleurs, dans le groupe précédent, celui des absolutistes, en raison de notre petit ouvrage sur le Plaisir et la douleur[1]. J’aurais grandement tort de me plaindre de la place où il veut bien me mettre, puisque je m’y trouve en excellente compagnie, avec Platon et Aristote, parmi les anciens, avec Jouffroy, avec Hamilton, parmi nos contemporains. D’ailleurs il veut bien dire de cette théorie, que je n’aurai pas, certes, la fatuité d’appeler la mienne, qu’elle se rapproche beaucoup de la vérité. En quoi donc, puisqu’elle ne fait que s’en rapprocher, en diffère-t-elle ? Voyons les critiques que lui adresse M. Dumont et les modifications qu’il prétend y introduire. D’abord, en sa qualité d’évolutionniste, il ne veut pas entendre parler de type et d’espèce, ni même de pouvoirs et de facultés, parce que ce sont choses et mots qui font partie du vieux bagage de la terminologie spiritualiste. Par là il se trouve conduit à ne tenir compte que de la quantité toute seule et à exclure la qualité, dans la considération de cette activité qui est la mère du plaisir et de la douleur. Nous soutenons contre M. Dumont, que, même en se plaçant au cœur de la doctrine de révolution, on est obligé de faire entrer en compte la qualité, c’est-à-dire d’admettre

  1. Du plaisir et de la douleur, bibliothèque philosophique, Germer Baillière.