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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/445

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plantes, mais dans les minéraux, et enfin à imaginer un équilibre absolu du plaisir et de la douleur résultant de l’équilibre des forces au sein de l’univers. La science du plaisir et de la douleur se trouve ainsi tout d’un coup transformée en un problème de mécanique rationnelle.

Nous n’irons pas plus avant sans reprocher aussi à M. Dumont un certain nombre d’expressions, où il semble beaucoup trop se complaire et qui sont empruntées particulièrement à Bain et à Spencer. Ces expressions ne nous déplaisent pas seulement à cause de leur étrangeté, mais à cause du matérialisme qu’elles signifient, si toutefois il fallait les prendre entièrement à la lettre. Nous avons, par exemple, quelque peine à entendre dire, et surtout à comprendre, que le plaisir et la douleur sont des faces subjectives de la composition et de la séparation des forces, ou bien que la sensation est la face subjective du mouvement. Mais, pour M. Dumont, le subjectif n’est que l’objectif retourné, comme aussi l’objectif n’est que le subjectif vu par un autre en face. Cette physique subjective, dans laquelle il place l’étude des sentiments, ne nous semble à nous qu’un singulier abus de langage ou même une contradiction dans les termes. Sensations, plaisirs, douleurs, ne sont, dit-il, que le mouvement vu d’un certain côté, tout comme s’il s’agissait ici d’un verre dont une face est concave et l’autre convexe. Contentons-nous, sans entrer sur ce point dans une discussion qui nous mènerait loin, d’opposer à M. Dumont l’autorité d’Herbert Spencer lui-même qui lui paraîtra sans doute moins suspecte que celle d’un spiritualiste ou d’un philosophe universitaire. « Les oscillations d’une molécule, dit M. Spencer, peuvent-elles être représentées dans la conscience trait pour trait par un choc nerveux et les deux êtres reconnus comme n’étant qu’un ? Aucun effort ne nous rend capables de cette assimilation. Il est plus manifeste que jamais qu’une unité de sensation n’a rien de commun avec une unité de mouvement quand nous les rapprochons l’une de l’autre[1]. » Que devient donc la transformation du subjectif en objectif et de l’objectif en subjectif ? Comment assimiler ces deux unités de sensation et de mouvement qui, selon Spencer lui-même, n’ont absolument rien de commun, avec les deux faces d’un même phénomène ?

Mais ces écarts ne nous empêchent nullement de reconnaître certains mérites de l’ouvrage de M. Dumont, au double point de vue de la science de l’esprit humain, et de son histoire, soit qu’il passe en revue les divers systèmes dont la sensibilité a été l’objet, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, soit qu’il analyse quelques-unes de

  1. Principes de psychologie, 2me partie, De la substance de l’esprit, trad. Ribot et Espinas.