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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/441

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DE LA CAUSE DE LA DOULEUR ET DU PLAISIR[1]




Ces deux grands faits du plaisir et de la douleur qui tiennent tant de place dans la vie humaine et auxquels, comme dit Platon, tout animal mortel est suspendu, après avoir été plus ou moins négligés jusqu’à ces derniers temps par la plupart des psychologues modernes, sont enfin devenus aujourd’hui, en France, comme à l’étranger, l’objet d’une étude plus approfondie et d’analyses moins incomplètes.

Au premier rang des ouvrages récemment publiés sur ce grand sujet du plaisir et de la douleur, il faut placer la Théorie scientifique de la sensibilité par M. Léon Dumont. Philosophe par goût, sans nulle tâche ou attache officielle, esprit libre, curieux et pénétrant, fort au courant de la philosophie anglaise et de la philosophie allemande, auxquelles il fait de nombreux emprunts, partisan zélé et convaincu de la doctrine de l’évolution, déjà M. Dumont s’était fait une place dans le monde philosophique par ses articles dans la Revue scientifique et dans la Revue littéraire, par deux ouvrages, d’une délicate et ingénieuse psychologie, l’un sur les causes du rire, l’autre sur le gracieux, et par une savante étude de la philosophie d’Hæckel qui fait partie de la Bibliothèque philosophique. Mais il n’avait encore rien publié qui fût d’une aussi grande importance philosophique, et plus digne d’un examen approfondi que la Théorie scientifique de la sensibilité. Commençons par dire que ce titre de Théorie scientifique ne nous plaît pas. Est-il donc, en aucune science, une seule théorie qui n’ait pas la prétention d’exprimer les vrais rapports des choses, de tenir compte des faits, c’est-à-dire d’être scientifique ? On ne peut dire une théorie scientifique de la sensibilité, pas plus qu’une théorie scientifique de la chaleur. Mais je m’imagine que, dans la pensée de l’auteur, ce gros pléonasme enferme une critique de ces spiritualistes, de ces philosophes universitaires, qui, suivant lui, ne tiennent pas assez de compte des faits, qui ne procèdent pas d’une

  1. Théorie scientifique de la sensibilité, par M. Léon Dumont, in-8 Bibliothèque scientifique internationale).